
Jagaban, le rendez-vous afro-caribéenne à Bordeaux
Chez Okinka, nous travaillons à soutenir les initiatives culturelles et musicales émergentes. Mettre en lumière les collectifs qui contribuent à valoriser la culture afro-descendante, c’est répondre à un besoin de reconnaissance et de légitimité pour des communautés encore trop souvent invisibilisées. Nous avons rencontré Charlotte et Khazy, fondateur·rices de Jagaban, un collectif qui promeut la culture afro-caribéenne à Bordeaux.
Des soirées fédératrices et inclusives
Mettre en avant les cultures afro-descendantes tout en proposant un lieu d’accueil ouvert à toutes et tous : c’est le pari de Jagaban. Le collectif attire aujourd’hui plus de 250 personnes à chacune de ses soirées. Dernier événement en date : le réveillon du Nouvel An au Lieu Chéri (Bordeaux), qui a réuni la communauté Jagaban une dernière fois avant le passage à la nouvelle année.

Tout est parti d’un constat partagé : les soirées afro-caribéennes peinent à s’inscrire durablement dans le paysage nocturne bordelais. Tandis que les membres des diasporas afro-caribéennes sont à la recherche d’événements qui leur ressemblent, les espaces festifs bordelais semblent les oublier. Face à ce besoin de représentation et de fédération, Khazy et Charlotte décident en 2023 de créer leur collectif indépendant : Jagaban.
« On voulait organiser des soirées qui nous ressemblent : des soirées safe où tout le monde est libre de danser », raconte Khazy.
Un nom, une vision collective
« Jagaban », en haoussa*, signifie « le patron », « le leader qui mène au combat ». Loin de toute idée de confrontation, le terme incarne avant tout une volonté commune : créer des soirées de référence pour les amateur·rices de musiques afro-descendantes.
« En nommant notre collectif Jagaban, explique Charlotte, on voulait appeler toute la communauté afro à se joindre à nous pour valoriser nos cultures. Entre Antillais, Sénégalais ou Congolais, nos cultures sont liées par des racines communes. »

Amapiano, kompa, afrobeats ou bouyon : le répertoire musical afro-descendant est vaste et reflète la diversité des cultures caribéennes et des diasporas africaines.
« Il existe une grande communauté afro à Bordeaux, précise Khazy. Il y avait déjà quelques soirées et lieux afros à Bordeaux, mais on repassait souvent les mêmes sons. On a voulu proposer quelque chose de différent, qui mette en lumière tout le riche répertoire afro-caribéen. »
Trouver sa place dans la nuit bordelaise
Soucieuses de proposer des événements accessibles à toutes et tous, les premières soirées Jagaban ont lieu au Break, un club aujourd’hui fermé, situé près de la place de la Victoire, rue Sainte-Catherine. Aucun dress code imposé : chacun·e vient comme il ou elle est.
« Faire nos soirées au Break, c’était un bon début car l’adresse était centrale, raconte Charlotte. Mais on s’est vite rendu compte qu’on n’accordait pas aux soirées afro-caribéennes les mêmes lieux qu’aux autres collectifs. »
Si la scène de musiques électroniques bordelaise, notamment house et techno, s’est largement développée ces dernières années, les musiques afro-descendantes restent encore en marge. La création de collectifs comme Jagaban participe ainsi à la reconnaissance de ces cultures, à la création d’espaces d’échange pour la communauté afro et rendre visible la pluralité des artistes afro-descendant•es de la ville.
Une programmation locale et plurielle
Trois ans après leur première soirée, Jagaban s’impose progressivement sur la scène musicale bordelaise. Le collectif investit aujourd’hui des lieux comme le Lieu Chéri, dans le quartier de Belcier, ou le Radisson Blu, près de Bacalan. À ce jour, plus d’une vingtaine de soirées ont été organisées.
« Avec nos soirées, on voulait surtout offrir aux Jagabans le sentiment d’être dans une fête de famille », explique Khazy.
Pour valoriser la culture afro-caribéenne, Jagaban propose une programmation d’artistes locaux et variés : BabyChan (l’une des rares DJ bordelaises à proposer une musique afro-brésilienne), Ryuk (artiste de la scène afro-rap) ou encore Wokeup, qui mêle hip-hop, musiques afro, shatta et baile funk. Le collectif travaille exclusivement avec des DJ locaux, de toutes générations et avec diverses esthétiques musicales.


Plus qu’une simple piste de danse, Jagaban innove en proposant des prestations gratuites pour les premier·es arrivé·es : food, poses de gems ou soins de barber. En novembre 2025, le collectif organise également son premier brunch chez BBC (Big Black Cook), un restaurant caribéen du centre-ville. Au programme : quiz et blind tests autour des cultures afro-descendantes, un événement qui rassemble et retranscrit la pluridisciplinarité du collectif.
Une année 2026 prometteuse
L’année 2026 s’annonce particulièrement riche pour Jagaban, avec l’annonce de soirées mensuelles au Lieu Chéri. Okinka suivra de près et soutiendra ce collectif émergent de la scène culturelle bordelaise.

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* Le haoussa est une langue parlée principalement au nord du Nigeria et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.