Le percussionniste et compositeur colombien José Carlos Arrechea a présenté le 26 août à La Guinguette Chez Alriq à Bordeaux, le répertoire de son premier album en tant que leader.

En tournée en 2026, cet artiste originaire de Bogotá a mis en scène un ensemble de morceaux en lien avec la terre, la mer et la nature, des sons de l’eau en lien direct avec l’esprit et la mémoire, en dialogue permanent avec la vie et la joie.

José Carlos Arrechea s’est produit devant le public bordelais avec son quatuor : Hugo Reydet à la contrebasse électrique, Israel Quiñones à la grosse caisse, au chant et au cununo, ainsi qu’A. Rodriguez en remplacement de Lorenzo Morrone, habitué de la formation, et Arrechea lui-même au marimba, au chant et aux compositions. La soirée s’annonçait orageuse.

En rendant hommage à la vie et au marimba, le groupe a entamé le concert avec « El Viaje ».

Histoire, tradition, spiritualité et identité afro-colombienne : La marimba de chonta

Arrechea tisse des liens et crée un pont transatlantique entre la tradition afro-colombienne et les sonorités contemporaines, en fusionnant la musique ancestrale avec des improvisations et des arrangements « jazzistiques ». Pour obtenir la palette sonore souhaitée, le compositeur intègre des instruments traditionnels tels que le bombo et le cununo, qu’il mêle au son de la contrebasse électrique. Mais avant tout, Arrechea place au cœur de sa démarche artistique la reine du Pacifique : la marimba de chonta.

Issue du palmier chontaduro, la marimba de chonta, précurseur du balafon et du gyil originaires d’Afrique de l’Ouest, est un instrument à percussion appartenant à la famille des idiophones. Elle se compose de 23 lames et de résonateurs en guadua (tubes de bambou) et se joue à l’aide de tacos munis d’une boule en cuir ou en caoutchouc naturel à leur extrémité. Cet instrument est indispensable à la célébration du currulao ou cununao (genre musical et danse de séduction, dont le nom fait étymologiquement référence aux tambours d’origine africaine du folklore du littoral Pacifique colombien : les cununos).

Le currulao a servi d’espace de liberté et de préservation de la mémoire ancestrale face à la domination coloniale espagnole et reflète l’histoire, la culture et la résistance des communautés noires.

De la résistance à l’insurrection : la célébration

José Carlos Arrechea est un musicien de la diaspora à la recherche de sa propre « mangrove ». Cet écosystème, qui lui sert à la fois de refuge, de pilier et de bouclier musical, se découvre en retraçant ses liens avec la scène lyonnaise et l’univers de La Compagnie 4000. C’est à travers le projet franco-colombien Pixvae qu’en 2017, le Colombien met au service de l’hybridation les sonorités de sa marimba : le projet « Kaixu ».


Des musiciens qui vont et viennent, racontent leurs voyages et leur héritage musical, pour ensuite converger et rencontrer d’autres artistes et leurs horizons sonores. C’est au sein de Pixvae que cette énergie créative se cristallise, réunissant des musiciens et des influences musicales des deux côtés de l’océan, où Quiñones et Arrechea semblent avoir trouvé leur place, avec déjà trois albums à leur actif : « CALI », « OÍ VÉ » et le tout récent « DE LADO A LADO ».

C’est en 2025 que José Carlos Arrechea prend la tête de son propre projet, accompagné, une fois de plus, à la grosse caisse et au chant, par Israel Quiñones (Pixvae), véritable incarnation de Guapi, figure centrale et colonne créative des compositions, originaire de la région et grand connaisseur des traditions musicales du Pacifique colombien.

Le timbre boisé et la douceur de la marimba séduisent sans peine le public et le placent au centre de la scène ; le morceau d’ouverture « El Viaje » est suivi de « El aguabajo », « El tambor » ou encore « Que la vida te hable ».

Personne ne regarde le ciel. La danse fait bouger les corps depuis un bon moment déjà. Le chant devient collectif.

La musique et la communauté

En Colombie, la musique fonctionne comme un tissu vivant, comme une pratique collective. La scène n’est pas un lieu isolé. La scène, c’est là où se trouvent les gens.

Alors que les musiciens et le public étaient en pleine effervescence, et que la fin de la soirée approchait, le percussionniste a abandonné la marimba pour se laisser séduire par le cununo, jouant sa sonorité avec force au premier plan et donnant à sa proposition artistique ce même battement de cœur, profond et chaleureux, qui l’a invité à franchir la barrière fictive de la scène et à incarner la danse avec tous les autres. De la musique pour et avec le public. Une frénésie qui l’a ramené aux commandes de son instrument et l’a poussé à reprendre avec émotion les sons de son piano de la jungle.

Comme le disait cette joyeuse élégie interprétée par le Grupo Socavón de Timbiquí en hommage au marimbiste disparu Justino García :


« Cómo tocaba, cómo se oía, cómo repicaba esa marimba, … »

Et finalement, l’orage a éclaté… mais les musiciens ont continué à jouer…

Le premier album du quatuor a été enregistré au Studio La Ciergerie (Lyon) en janvier 2026, et sortira début 2027.

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