Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

À Bordeaux, l’association La Reverb organisait un talk sur les musiques afro-brésiliennes, l’esclavage et les formes de résistance culturelle. Sur scène : Raissa Batista Fonseca, historienne et musicienne et Viviane Caroline musicienne samba-reggae. Dans la salle : une histoire dense, des récits qui remontent loin, mais une résistance encore actuelle.

Pernambuco, premier territoire colonisé mais premier à résister

Tout commence au Pernambuco, première région colonisée du Brésil. C’est là que le Quilombo do Catucá prend forme aux abords de la Révolution pernambucaine de 1817, quand des personnes réduites en esclavage fuient dans les forêts. Une communauté itinérante, organisée, qui tiendra jusqu’aux années 1830.

Raissa Batista Fonseca – Historienne, musicienne, spécialiste des Quilombo au Brésil

Ce quilombo — kilombo dans sa racine bantoue — n’est pas qu’un refuge. Ses membres se désignent entre eux comme malungos, terme qui renvoie aux compagnons du même bateau négrier, celles et ceux qui ont traversé ensemble. Le malongô comme fraternité forgée dans la traversée. La jurema, plante sacrée du Nordeste, liée au rapport à l’invisible et aux entités, irrigue la spiritualité de ces communautés. Malunguinho, figure tutélaire et entité du candomblé de caboclo, en est l’un des visages les plus forts.

Des organisations sociales avancées, soulignent les intervenant·es. Pas des communautés de survie, des sociétés alternatives.

Samba reggae : quand le corps résiste

Viviane Caroline, fondatrice de Yaya Muxima & Flora – Co-fondatrice de La Reverb

De ces racines naît une musique. La samba reggae émerge dans l’État de Bahia au tournant des années 1990, créée par Neguinho do Samba, fusion entre samba brésilienne et reggae jamaïcain, fortement portée par la figure noire. Paul Simon et Jimmy Cliff en ont capté quelque chose. Mais la Banda Didá, elle, en a fait un acte politique. Si bien qu’ils sont appelés par Spike Lee pour tourner le clip They don’t care about us de Mickael Jackson.

C’est là qu’intervient Viviam Caroline, fondatrice de Yayá Muxima et ancienne pilier de Didá. À seize ans, elle rejoint le projet de Neguinho do Samba : créer un groupe de samba reggae composé exclusivement de femmes. Après trente ans à Didá, elle fonde en 2022 Yayá Muxima, poursuivant ce travail avec les femmes et les enfants, en croisant les rythmes de la diaspora avec la samba reggae.

Le groupe baiano compte quatorze femmes percussionnistes. Il mêle samba reggae et électronique, avec pour objectif de promouvoir la diversité musicale et de combattre les violences culturelles faites aux femmes.

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