Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

L’équipe Okinka met en lumière les artistes africains et afro-descendants quels que soient leur pays ou leur région. Dans cette nouvelle série d’articles Yékri Yékra, Amalia Ninine et Astrid Lagougine se sont rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes qui valorisent la culture créole, fruit d’un héritage riche et pluriel. Ce premier portrait est consacré à Aloman, artiste emblématique de la scène musicale guadeloupéenne.

Le destin d’un jeune guadeloupéen

Très tôt, la musique devient un langage commun pour Aloman : « J’écoutais les mêmes choses que ma mère, on partageait ça. » Mais c’est lors d’un voyage en Côte d’Ivoire avec son père que tout bascule : « On était en voiture, en direction de la basilique de Yamoussoukro, et un morceau de MC Solaar est passé à la radio. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais devenir artiste. »

« À l’âge de 5ans, on m’a mis une guitare dans les mains. J’avais un morceau qui tournait dans ma tête, alors avec l’aide de ma mère, je l’ai écrite – je l’ai encore en mémoire aujourd’hui ».

Aloman et Amalia – © Astrid Lagougine

Une passion dévorante

Sa première scène arrive à l’âge de 15 ans et très vite, il ne pense plus qu’à en faire son métier. Avec DC Stratégik, son frère de coeur, il passe ses journées à imaginer des mélodies avec un objectif en tête : « chaque chanson, on l’écrivait avec la volonté que ce titre retourne la place, on voulait sortir LE morceau qui allait cartonner. »

Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

Un sourire sur le visage, Yonel, évoque ses débuts, le souvenir d’une Guadeloupe où devenir artiste était un vrai défi. « À l’époque pour percer, il fallait absolument faire du live. Pour faire connaître un son, il fallait en parler ; la puissance du bouche-à-oreille à l’époque, c’était fou ! » se souvient-il — « il fallait faire du bruit ! Aujourd’hui, ce constat a évolué car « avec les réseaux et les plateformes c’est plus simple. »

Une musique créole entre héritage et modernité

Pour composer, l’artiste s’inspire de la dancehall, genre très populaire dans les années 2010 en France. Mais il puise surtout son inspiration dans les musiques traditionnelles antillaises. Le zouk, le kompa ou encore le reggae nourrissent son univers artistique, comme un cycle culturel sans fin.

Accompagné de son acolyte de toujours DC Stratégik, Aloman collabore avec plusieurs artistes antillais•es, notamment Lyrical Teworist ou Guerilla Mixtape, avant de composer ses propres morceaux. Du single ASOS à Yélélé (en collaboration avec Billix), Aloman s’impose petit à petit dans le paysage musical antillais. Mais ce qu’il préfère, c’est la scène !

« À chaque performance, je me souviens pourquoi je fais ce métier. Ce lien si spécial avec le public, c’est un trésor à chérir. » — Aloman

Un hommage à la Guadeloupe

Se ranger dans un seul style ? Ce n’est pas une option pour l’artiste, qui refuse de se cantonner à une seule de case. « La musique antillaise est très variée, parce qu’elle est issue de plusieurs influences musicales et de différentes cultures » explique Yonel. Il rajoute : « notre diversité est une fierté, et il faut la promouvoir ! ».

Lorsqu’on lui demande quels sont les artistes qui l’inspire, des noms fusent
allant de Booba (l’album Lunatic), en passant par Patrick St Eloi (le musicien du groupe iconique Kassav’). Toutes ses figures majeures qui ont bercé son adolescence mais ont aussi à des échelles différentes mis en avant des cultures et communautés marginalisées en France.

Aloman souligne le paradoxe du Zouk, massivement écouté et salué dans le monde, mais parfois méprisé dans son propre pays…

« En Côte d’Ivoire, il faut savoir que le zouk est très écouté. Ils en diffusent tous les jours à la radio. Ça m’a surpris, je ne m’y attendais pas. En France, notre musique est peu reconnue, alors que dans le reste du monde elle explose ! ».

Dans sa musique, l’artiste rend donc hommage à sa culture et rend visible ce qu’on occulte depuis des décennies. Dans son processus de création, ses sons, le style, les instru‘ et les paroles de chaque morceau sont pensés et travaillés de façon très minutieuse.

Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

« Quand je compose un morceau, je peux travailler non stop dessus pendant des jours. Parfois j’ai 3 sons qui me tournent en tête, parfois un seul. Je prend vraiment le temps de bien écrire chaque musique. Je travaille 80% du morceau, et je garde les derniers 20% pour le studio, pour laisser la place à la spontanéité. J’ai toujours travaillé comme ça. »

La musique comme outil de transmission

Dans ses morceaux, Aloman chante exclusivement en créole. Un parti-pris que le chanteur revendique haut et fort : « chanter en créole pour moi, c’est vraiment rendre hommage à la culture qui m’a bercé depuis petit. Et puis, certaines chansons ne peuvent être écrites QUE en créole, tout traduire atténue les émotions ».

Dans un climat où la violence ne cesse d’augmenter en Guadeloupe, l’artiste tend une main amicale à son auditeur.« Aujourd’hui en 2026, je peux dire que je cherche à viser tout le monde, toutes les générations. À mon niveau, je veux distribuer du love à tous, et surtout aux Guadeloupéens, qui en ont vraiment besoin. » déplore l’artiste.

« Mon objectif ? Vendre du soleil aux gens qui m’écoutent ! »

« Vendre du soleil » : une vision artistique et engagée

Un appel à l’apaisement et surtout à un retour du Love. « Il y a encore un espoir ; les gens ici n’y croient plus – avec tous les problèmes d’eau, de pauvreté ou de violence. Alors avec ma musique, j’aspire à donner un peu de soleil au monde ».

Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

Au fil des années, Aloman a su imposer sa musique et transmettre des messages que seul la musique peu passer. Ce processus de transmission de la culture guadeloupéenne, Aloman le porte aussi pour les prochaines générations.

À celles et ceux qui hésitent dans leur parcours artistiques, il répond sans détour : « vas au bout, essayes, casse-toi la gueule et relève-toi. Mais surtout n’hésites jamais à sortir des cases et à créer quelque chose qui te ressemble. Ta musique, c’est ton CV, alors crée quelque chose dont tu sois fier toute ta vie, c’est important ! »

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