Auteur/autrice : Daniela DA FONSECA GOMES NAZARÉ

  • La Blëdarde XXL : à Bordeaux, le dancefloor est politique

    La Blëdarde XXL : à Bordeaux, le dancefloor est politique

    La Blëdarde XXL : à Bordeaux, le dancefloor est politique

    Le premier week-end de septembre, Bien Public devient pour une nuit un territoire commun pour les cultures du Maghreb, du Moyen-Orient et de leurs diasporas. Pour cette nouvelle édition XXL, La Blëdarde fait son grand retour et déploie une soirée en trois actes, apéro, conférence dansée et club. D’ailleurs, un mot d’ordre s’affiche noir sur rouge : un événement culturel envisagé comme un espace politique autant que festif.

    Se réapproprier le terme « Blëdard·e »

    En effet, longtemps perçu comme une insulte, une dénigrement voire une humiliation, le terme « blédard•e », renvoie aux origines supposées des personnes racisé•es. Il efface les récits historiques migratoires, pour les diluer dans une masse « à assimiler » à la culture d’accueil. Aujourd’hui, ce terme se réinvente et propose une lecture culturelle, politique mais surtout plurielle, des origines des personnes non-blanches et issues de l’immigration.

    La Blëdarde construit un espace de dialogue entre musiques électroniques, récits diasporiques et nouvelles écritures artistiques issues du Maghreb, du Moyen-Orient et de leurs diasporas. Cette année, le format passe en XXL avec une programmation dense, et un temps fort de discussion, « Décoloniser le dancefloor ». Celui-ci condense l’ambition du projet : faire de la théorie décoloniale un geste incarné, littéralement dansé.

    Décoloniser le dancefloor : au cœur de la conférence d’Habibitch

    C’est le rendez-vous que beaucoup attendent, et pour cause : « Décoloniser le dancefloor » n’est ni une conférence classique, ni un DJ set déguisé. Cette réappropriation trouve un écho direct dans un format hybride, pensé et interprété par Habibitch, danseuse professionnelle notamment issue de la scène ballroom et chercheuse en sociologie.

    Une pensée qui se met en mouvement

    Le principe : dérouler des concepts fondamentaux : racisme, privilège(s), domination(s), résistance, création, communauté(s) : sous une loupe décoloniale acerbe et mobile, sans jamais séparer le discours du corps qui le porte. La parole rythme le mouvement, et inversement. Habibitch y déconstruit les normes de classe, de genre, de sexualité et de race, tout en revendiquant frontalement les intersections de sa propre identité.

    Dès lors, ce choix n’a rien d’un gadget scénique. Le ballroom, dont Habibitch est un•e figure reconnu•e, est lui-même né d’une résistance : celle de communautés noires et latinas, queers et trans, qui ont façonné dans les salles de bal underground new-yorkaises un espace à elles, loin des normes dominantes. En important ces codes sur la scène d’une conférence, Habibitch n’illustre pas une théorie : elle la fait exister dans un corps, ici et maintenant.

    Une nuit en trois actes, un même fil rouge

    Tout commence au Belvédère de Bien Public, dès 18h, en entrée libre. Les DJ sets de Farid Mercury et Kurolo posent une ambiance apéro, traversée par une première performance de Diva Beirut. Ensuite, Farid Mercury et Kurolo donnent d’emblée le ton d’un dancefloor hybride.

    À 20h30, bascule vers l’Agora pour le temps fort de la soirée : la conférence dansée d’Habibitch. Puis, à minuit, l’Agora se transforme en club jusqu’à 6h du matin, avec Habibitch elle-même derrière les platines, Saliah et Mystique, ponctué par les performances de Diva Beirut, drag queen libanaise mondialement reconnue.

    Trois espaces, trois temporalités, une seule intention : ne pas dissocier la fête de la pensée, ni la pensée du corps.

    Une programmation qui fait écho

    Farid Mercury, DJ set. Algérien dans le cœur, club kid dans les jambes, il s’autorise tout dans un joyeux mélange de 3rbi club, latincore et electropop. Iel chahute les genres avec autant d’amour que d’irrévérence.

    Kurolo, DJ set. De son côté, né au Maroc et installé à Bordeaux depuis 2021, Kurolo croise sonorités nord-africaines, hip-hop et électronique dans des sets intenses. On y retrouve UK garage, techno, hard groove et trance.

    Puis, Saliah, DJ et productrice britannique-libanaise déjà reconnue à l’international, construit des passerelles entre les musiques de la région SWANA et les genres club britanniques. Ses sets aux basses puissantes, sont ancrés dans leurs racines et tournés vers le rassemblent et l’union des communautés.

    Mystique, DJ marseillaise, résidente des soirées algériennes Cabaraï et co-créatrice du collectif STYX, porte haut la culture sound system des diasporas. Ses sets, entre mélodies populaires et hybridités électroniques, fonctionnent comme des archives purement curatées. Ainsi, c’est une manière de transmettre et réinventer un héritage plutôt que de le figer.

    Enfin, Diva Beirut, drag queen libanaise et figure de la scène queer de Beyrouth, reprend les codes des grandes divas arabes (Sabah, Oum Kalthoum) pour les pousser dans leurs retranchements : glamour, humour, autodérision. C’est donc une célébration des corps et d’une culture arabe bien vivante, à mille lieues des représentations figées.

    Ensemble, ces artistes dessinent une même ligne : les identités de l’immigration n’y sont ni assignées, ni décoratives. Elles deviennent matière à créer, transmettre, danser et se réapproprier les récits, longtemps tus, ignorés et méprisés.

    La fête comme outil politique

    La Blëdarde ne se contente pas d’un discours d’intention. L’événement s’accompagne d’une charte explicite : aucune forme de racisme, sexisme, validisme ou LGBTQIA+phobie n’y est tolérée, et le respect des limites de chacun·e fait partie intégrante du projet. C’est une manière forte de rappeler que le safe place n’est pas un supplément d’âme, mais une condition structurelle pour que la fête puisse réellement faire ce qu’elle promet. Célébrer les cultures du « bled » et leurs diasporas sans cliché ni fétichisation.

    Finalement, c’est peut-être là que la conférence d’Habibitch prend tout son sens : elle ne se contente pas de décrire les systèmes de domination. Elle donne au public les outils pour comprendre pourquoi cette charte existe, et ce qu’elle protège concrètement une fois la nuit avancée.

    Billetterie

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  • OKINKA au festival Falfa

    OKINKA au festival Falfa

    Les 18 et 19 juin derniers, OKINKA était présent au Hangar 14 à Bordeaux pour couvrir le festival Falfa, dédié à la littérature jeunesse animée africaine et afro-descendante.

    Deux jours sur place, entre rencontres, interviews et immersion dans l’univers du festival, avec notamment un échange avec Cahela Couléon, directrice de l’événement et présidente de l’association Recah.

    © Chloé Pujol Marie-Sainte

    Retour en images et en sons sur ces deux journées : la vidéo récap est à retrouver dès maintenant sur notre chaîne Youtube. Voir le récap

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  • Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    À Bordeaux, l’association La Reverb organisait un talk sur les musiques afro-brésiliennes, l’esclavage et les formes de résistance culturelle. Sur scène : Raissa Batista Fonseca, historienne et musicienne et Viviane Caroline musicienne samba-reggae. Dans la salle : une histoire dense, des récits qui remontent loin, mais une résistance encore actuelle.

    Pernambuco, premier territoire colonisé mais premier à résister

    Tout commence au Pernambuco, première région colonisée du Brésil. C’est là que le Quilombo do Catucá prend forme aux abords de la Révolution pernambucaine de 1817, quand des personnes réduites en esclavage fuient dans les forêts. Une communauté itinérante, organisée, qui tiendra jusqu’aux années 1830.

    Raissa Batista Fonseca – Historienne, musicienne, spécialiste des Quilombo au Brésil

    Ce quilombo — kilombo dans sa racine bantoue — n’est pas qu’un refuge. Ses membres se désignent entre eux comme malungos, terme qui renvoie aux compagnons du même bateau négrier, celles et ceux qui ont traversé ensemble. Le malongô comme fraternité forgée dans la traversée. La jurema, plante sacrée du Nordeste, liée au rapport à l’invisible et aux entités, irrigue la spiritualité de ces communautés. Malunguinho, figure tutélaire et entité du candomblé de caboclo, en est l’un des visages les plus forts.

    Des organisations sociales avancées, soulignent les intervenant·es. Pas des communautés de survie, des sociétés alternatives.

    Samba reggae : quand le corps résiste

    Viviane Caroline, fondatrice de Yaya Muxima & Flora – Co-fondatrice de La Reverb

    De ces racines naît une musique. La samba reggae émerge dans l’État de Bahia au tournant des années 1990, créée par Neguinho do Samba, fusion entre samba brésilienne et reggae jamaïcain, fortement portée par la figure noire. Paul Simon et Jimmy Cliff en ont capté quelque chose. Mais la Banda Didá, elle, en a fait un acte politique. Si bien qu’ils sont appelés par Spike Lee pour tourner le clip They don’t care about us de Mickael Jackson.

    C’est là qu’intervient Viviam Caroline, fondatrice de Yayá Muxima et ancienne pilier de Didá. À seize ans, elle rejoint le projet de Neguinho do Samba : créer un groupe de samba reggae composé exclusivement de femmes. Après trente ans à Didá, elle fonde en 2022 Yayá Muxima, poursuivant ce travail avec les femmes et les enfants, en croisant les rythmes de la diaspora avec la samba reggae.

    Le groupe baiano compte quatorze femmes percussionnistes. Il mêle samba reggae et électronique, avec pour objectif de promouvoir la diversité musicale et de combattre les violences culturelles faites aux femmes.

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  • Okinka Talks I Métissage musical ou appropriation ?

    Okinka Talks I Métissage musical ou appropriation ?

    Okinka Talks I Métissage musical ou appropriation ?

    Le talk animé par OKINKA au festival Afro-Futur(s), à l’initiative de l’association Mascarade, est disponible dès maintenant sur toutes les plateformes.

    Le 18 juillet dernier, sous un grand soleil, OKINKA animait un talk sur le métissage musical dans les cultures afro-caribéennes au Parc des Angéliques à Bordeaux, dans le cadre du festival Afro-Futur(s). Autour de la table : la DJ Stella Moris, la percussionniste Ophélia Hié, le rappeur Plae Casi, et Amalia Ninine, journaliste musicale indépendante et rédactrice pour OKINKA et également réalisatrice d’un documentaire sur Eddy Gustave diffusé sur Guadeloupe la Première.

    Crédit photo – Chloé Pujol Marie-Sainte

    Une journée chaude et ensoleillée, avec au programme DJ, Guetto Kumbe, Stella Moris, Ophélia Hié et Plae Casi, le récap de la journée est déjà disponible sur notre Instagram, et c’est maintenant au tour du talk complet d’être en ligne.

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  • Tizen, artiste guadeloupéen entre gwoka et dancehall | OKINKA

    Tizen, artiste guadeloupéen entre gwoka et dancehall | OKINKA

    Yékri Yékra

    OKINKA est un média indépendant qui agit pour la démocratisation des musiques afro-descendantes à travers tout le territoire français. Dans le cadre de notre dossier Yékri Yékra, nous nous sommes rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes emblématiques de la scène musicale antillaise. Après avoir dressé le portrait d’Aloman et d’Adetoundji, nous vous présentons aujourd’hui Tizen, un jeune artiste guadeloupéen qui mêle moderne et traditionnel dans sa musique. Entre paroles et travail de composition, Tizen met à l’honneur l’île de la Guadeloupe.

    « Je me souviens, à l’époque, quand on se retrouvait au studio, tu savais que tu allais passer après un tel, tu savais qui passait après toi ; tu te retrouvais entre « potos » et on faisait du rap, du dancehall, y’en avait qui chantaient d’autres choses, etc. C’était de la concurrence très saine. »Tizen

    La musique comme moteur

    Né au Moule, Tizen a toujours été attiré par la musique. Dès l’âge de 13 ans, le jeune Laurent écrit des textes sur ce qui l’inspire au quotidien. Mais c’est plus tard, au lycée, que l’artiste décide de se consacrer à la musique… au détriment de ses études. « Je me souviens que parfois, je ratais les cours pour aller chanter au Speak The Truth, un label local qui aide les jeunes à se lancer dans la musique. On se retrouvait en crew, on mettait un micro au milieu de la salle, on balançait une instru et chacun passait et jouait dessus », me raconte le chanteur, avant de poursuivre : « On ne se connaissait pas forcément, mais tout le monde savait que c’était LE rendez-vous où retrouver plein d’artistes d’un peu partout. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Très vite, le chanteur décide de s’investir à 100 % et débute sa carrière musicale. Il performe dans plusieurs salles locales en alternant showcases et petits concerts, et se crée très vite un nom. Tizen est aujourd’hui un artiste reconnu à travers toutes les Antilles. Consécration pour l’artiste : il est l’une des têtes d’affiche du Karibbean Rendez-vous Festival 2023, l’un des plus gros festivals de musique caribéenne d’Europe.

    S’inspirer des plus grands

    Tizen vit la musique à 100 %. Et pour composer ses sons, il puise ses inspirations dans son quotidien. « Je ne me fixe pas vraiment de moment pour penser à mes compositions. J’aime surtout profiter de mes déplacements quotidiens pour pouvoir enregistrer les mélodies qui me passent par la tête. Quand je rentre de soirée, pendant mes courses, surtout quand je me balade en voiture. Ce sont un peu des lieux de création pour moi », confie-t-il.

    Tizen fait partie de ces artistes qui ont appris en expérimentant. Et si la musique lui est apparue comme une vocation dès l’adolescence, il a su forger son style au fil de ses écoutes de musiques diverses et variées. « Il y a des artistes qui m’ont vraiment donné envie d’écrire, qui m’ont influencé », raconte Tizen. « Déjà jeune, j’écoutais des artistes qui venaient de l’Hexagone mais aussi locaux : beaucoup de Keros-n (on était tous les deux de Sainte-Rose !) et de Silverman, qui jouait beaucoup de sa voix. »

    Pour l’artiste, ce qui fait un bon morceau, c’est trouver le juste équilibre entre paroles et mélodie. « J’aime beaucoup quand ça chante, genre quand il y a des mélodies, pas que du rap. Comme à l’époque avec Booba, parce qu’en plus du rap, il y avait de très belles métaphores bien chantées qui accrochaient. Et même après, quand il a ajouté de l’autotune, ça a rajouté une vibe, du flow, et là j’ai encore plus accroché. » En tant qu’artiste, Tizen l’assume haut et fort : « J’aime la musicalité ! »

    Des morceaux pour tous

    Lorsque l’on demande à Tizen à qui s’adresse sa musique, il sourit. « Aujourd’hui, j’essaye vraiment d’élargir mon public, de parler à tout le monde. Avant, je m’adressais quand même en majorité aux jeunes. Mais aujourd’hui j’ai grandi, j’ai changé, et mon regard sur mon art a lui aussi changé. Maintenant, j’essaye de faire bouger tout le monde. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Réussir à ouvrir sa musique aux différentes générations : un vrai défi pour l’artiste, qui a dû remanier son style au fil des années. Comme dans son dernier morceau Ça Va (feat. Rodias), où l’artiste s’amuse à mélanger les genres en chantant créole sur une instru afrobeat. Toujours en quête d’innovation, Tizen aime jouer avec les styles et les mélodies. Il continue : « Aujourd’hui, ma mère arrive à écouter mes sons, et ma grand-mère aussi ! C’est quand même incroyable, je trouve. En fait, je veux toucher toutes les générations, les petits comme les grands. Je veux que tout le monde arrive à chanter et à danser sur ma musique, et pour ça il ne faut pas qu’il y ait de vulgarité ou de paroles trop trash. »

    Les amours de sa vie

    Mais alors, de quoi parlent les musiques de Tizen ? Eh bien d’Amour, avec un grand A ! Difficile pour les artistes de dancehall et de hip-hop de ne pas écrire de chansons d’amour — et c’est ce que le public vient chercher dans ce style. Mais il parle surtout de son amour pour son île. Source d’inspiration pour de nombreux artistes guadeloupéens, écrire une chanson sur l’île aux belles eaux, c’est rendre hommage à ses habitants. L’artiste parle d’ailleurs créole dans ses morceaux ; un détail pour certains, mais un acte de conviction pour Tizen : « La musicalité antillaise, j’essaie de l’intégrer dans mes morceaux pour ne pas qu’on oublie que je suis avant tout un enfant du pays. Ça passe notamment par le ka. C’est important, parce que je pense que c’est vraiment l’âme de la Guadeloupe. »

    Comme vu à travers les différents portraits de notre dossier Yékri Yékra, de nombreux artistes s’inspirent de la musique traditionnelle antillaise pour composer leurs morceaux. Et Tizen n’y déroge pas, comme dans son morceau Doudou A Elle, composé avec Guims, où l’on entend ET on voit le chanteur jouer du ka. « Je parle surtout de la femme antillaise, qui est pour moi un très beau sujet quand on veut intégrer le ka. Ce serait faux de me ranger dans la case des artistes gwoka, mais je n’ai pas envie de le perdre non plus. Je veux laisser cette trace-là, je veux qu’on s’en rappelle », conclut-il.

    Les Antilles, un bouillon de cultures

    Militant jusque dans son art, Tizen insiste sur l’importance de préserver les cultures antillaises, surtout à travers la musique d’aujourd’hui. « Il ne faut pas qu’on oublie l’importance du gwoka. Je dirais que c’est ce qui me différencie des autres jeunes artistes. En fait, il y a très peu d’artistes qui passent en radio ou qui sont vraiment reconnus et qui utilisent le ka, et c’est dommage. »

    Et quand on lui demande quel regard il porte sur l’exportation des musiques caribéennes dans le monde, il répond : « C’est important d’exporter nos musiques locales un peu partout dans le monde, mais il faut aussi bien remettre en place l’origine de ces musiques. Avec le bouyon par exemple, qui vient de la Dominique. De la même façon que nous, les Guadeloupéens, on n’aime pas quand les gens disent que le zouk vient de Paris, c’est important de dire que le bouyon vient de la Dominique. Pareil avec la Martinique et le shatta. Ils ont réussi à le mettre en avant, et ils le revendiquent parce que C’EST bien à eux. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Tizen insiste sur le besoin de parler des cultures caribéennes dans la musique. Pour lui, il ne suffit pas de faire du shatta, du bouyon ou du konpa. Il faut transmettre toutes les cultures antillaises, parler créole, remettre au goût du jour des instruments traditionnels. Il faut aussi redynamiser les scènes locales, et exporter des artistes à travers le monde, pas simplement jusqu’à l’Hexagone. « Moderniser nos cultures, c’est les faire perdurer, et c’est important pour les Antilles. »

    Pour conclure, il nous renvoie vers sa chanson On Ti Roman et ses paroles fortes et engagées : « ile en moun tellement bel, pa bezoin grat’ciel pa bezoin artificiel ».

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  • OKINKA Talks I PÖ : porter ses cultures dans la musique

    OKINKA Talks I PÖ : porter ses cultures dans la musique

    Okinka Talks I PÖ : porter ses cultures dans la musique

    Dans le cadre de la deuxième édition d’Adrénaline, événement électronique porté par le festival Orangeade à Bordeaux, OKINKA a rencontré PÖ — DJ, productrice et chanteuse de la scène afro-électronique. Membre du collectif Nyege Nyege, elle construit des sets afrocentrés où les connexions s’établissent de Luanda à Kingston, d’Accra à São Paulo. Une artiste qui sillonne le monde pour transmettre son énergie débordante et raconter son histoire sur le dancefloor.

    Polyvalence et audace

    Productrice, actrice, chanteuse et DJ, PÖ enchaîne les voyages entre les scènes d’Afrique et d’Europe pour partager ses sets vitaminés. Franco-ghanéenne, elle superpose ses héritages et les laisse coexister sur scène sans compromis. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont cet héritage multiculturel façonne sa musique et sa façon d’habiter un dancefloor.

    Crédit photo : Chloé Pujol Marie-Sainte

    Son premier album solo Cociage, sorti sur le label Hakuna Kulala en 2023, explore l’expérimentation vocale dans un registre plus sombre, en contraste avec l’énergie solaire de ses DJ sets.

    La scène électronique afrodescendante est plurielle

    C’est la conviction au cœur de ce talk : les corps afrodescendant·es ont leur place au centre, et pas en marge des dancefloors. La musique de tisse des connexions oubliées sur le dancefloor et interroge les corps dans leur liberté totale. Un espace de transmission, de réappropriation et de célébration, ancré dans les codes culturels africains, visuel autant que sonore.

    Crédit photo : Chloé Pujol Marie-Sainte

    Elle partage aussi ses interrogations sur la transmission : comment faire vivre un héritage sans le figer ?

    Échange à écouter sur OKINKA Radio, disponible sur toutes les plateformes de streaming. Suivez PÖ sur ses réseaux : @po_beda8

  • Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Notre journaliste Amalia Ninine lui a consacré un documentaire diffusé sur Guadeloupe La 1ère en avril 2026, dans l’émission Horizons. Un travail de trois ans. Une Guadeloupéenne qui retourne aux racines, qui pose une caméra sur un homme que son pays n’a pas toujours suffisamment regardé.

    De Morne-à-l’Eau aux scènes parisiennes

    Né à Morne-à-l’Eau en 1926, il apprend le solfège enfant avant de partir dans l’Hexagone. C’est à Paris qu’il bascule vraiment dans la musique — les clubs de jazz, la scène antillaise, le cabaret La Canne à Sucre. Le saxophone s’impose. Dans les années 1960, il est musicien professionnel.

    Un label, 500 artistes, une logique de transmission

    Il produira plus de 500 artistes antillais et africains via son label Eddy Son, dans une logique de soutien à des musiciens que les circuits traditionnels ignoraient. De Bébé Manga à x en passant par , Eddy Gustave à non seulement marquer sa génération, mais a transmis son savoir au génération suivantes, qui continuent encore aujourd’hui de suivre ses pas.

    Eddy Gustave est mort le 29 mai 2026. Il avait 99 ans. Saxophoniste, compositeur, producteur, il est l’une des rares figures à avoir fait entrer les musiques afro-caribéennes dans les circuits grand public français, sans jamais renier ce qu’elles portaient.

    Le film montre un homme actif, attaché à la transmission. Pas nostalgique, présent, qui anticipe déjà le futur des artistes guadeloupéen•nes.

    Le documentaire est disponible sur france.tv, dans l’émission Horizons de Guadeloupe La 1ère (diffusé le 21 avril 2026) : ici

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  • Okinka Talks I Asna

    Okinka Talks I Asna

    OKINKA Talks I Asna

    Dans le cadre de la deuxième édition d’Adrénaline, événement électronique porté par le festival Orangeade à Bordeaux, OKINKA a rencontré Asna, DJ et productrice de la scène afro-diasporique. De son masque en cauris aux dancefloors européens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour de l’hommage aux ancêtres et à sa culture. Une conversation qui traverse les héritages, les symboles et les corps en mouvement.

    Asna : une présence entre mémoire et percussions

    Asna porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre l’Afrique de l’Ouest et la scène électronique européenne. Ivoirienne, malienne, sénégalaise et mauritanienne, elle superpose ses différentes cultures et les laisse coexister sur scène sans compromis. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont cet héritage multiculturel façonne sa musique et sa façon d’habiter un dancefloor.

    Crédit photo : Chloé Pujol Marie-Sainte — Adrénaline – Orangeade

    Au fil de la discussion, elle évoque la signification profonde de son masque en cauris africains, symbole de protection et de connexion aux ancêtres dans les traditions ouest-africaines. Mais aussi l’importance de rendre hommage à celles et ceux qui précèdent, comme acte fondateur de sa création artistique.

    Porter sa culture comme un acte politique

    Ce talk OKINKA met en lumière une conviction forte : la scène électronique africaine n’a pas à se justifier. Les corps afrodescendant•es ont leur place au centre, et pas en marge des dancefloors. C’est là que la musique d’Asna devient un espace de transmission, de réappropriation et de célébration, notamment à travers un travail visuel et sonore ancré dans les codes culturels ouest-africains.

    Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment faire vivre un héritage sans le figer ? Comment rendre hommage aux ancêtres tout en inventant de nouvelles formes ?

    OKINKA Talks x Orangeade : faire circuler les voix à Bordeaux

    Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune d’Orangeade et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute, dédiés aux voix africaines et afro-descendantes. Ces temps d’échange nous permettent de mettre les artistes afro-diasporiques en valeur dans toute leur complexité.

    Découvrez ici d’autres initiatives bordelaises afro-descendantes !

    • Échange à écouter sur OKINKA Radio, disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.
    • Suivez les actualités d’Asna et ses prochaines dates sur ses réseaux : @asna

  • BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte

    BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte

    BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte

    Dans le cadre d’une archive OKINKA à la Villa Valmont à Lormont, lors de la fin de saison de l’Institut des Afriques, on vous propose de replonger dans la projection de When We Were Kings de Léon Gast. On revient sur un des temps forts de la lutte noire américaine, à travers une BO qui claque !

    Un film, un combat, une époque

    Sorti en 1996, When We Were Kings retrace le combat mythique entre Muhammad Ali et George Foreman en 1974 à Kinshasa. Mais derrière le ring, c’est tout un pan de l’histoire noire qui s’incarne : dignité, résistance, unité. On n’est plus dans le sport — on est dans une lutte de survie.

    Le film replace le combat dans le contexte du Zaïre de Mobutu : d’un côté, les luttes afro-américaines pour les droits civiques ; de l’autre, un peuple zaïrois sous le joug d’une dictature. Deux formes d’oppression, une même aspiration à exister. Les corps noirs, souvent réduits à des objets de spectacle, reprennent ici leur place en tant que sujets de pouvoir.

    Les deux titans

    Ali est au sommet autant physiquement, que politiquement, que symboliquement. Partout où il va, il est adoré. Parce qu’il s’engage contre toutes les formes d’oppression, à commencer par la ségrégation aux États-Unis. Face à lui, Foreman : considéré à l’époque comme le boxeur le plus puissant du monde, mais perçu par beaucoup comme un pion de la machine américaine, celle qui n’a jamais cessé d’utiliser les corps noirs pour sa propre prospérité.

    Zaïre 74 : le festival qui a tout changé

    Du 22 au 24 septembre 1974, en marge du combat, se tient au stade du 20 Mai de Kinshasa le festival Zaïre 74. Coproduit par Hugh Masekela et Don King, il réunit plus de 50 000 personnes par jour pendant trois jours. Au programme : Miriam Makeba, James Brown, Franco & TP OK Jazz, Manu Dibango, The Supremes, Jackson Five, Bill Withers… Le funk, la soul, le blues et le jazz comme cris de dignité. Ce festival a été le pont entre les combats afro-américains et africains dans une cause panafricaine. Et il a avant tout donné naissance à la compilation Zaïre 74 : The African Artists.

    Top 5 de la BO

    James Brown — Say It Loud, I’m Black and I’m Proud

    Abeti Masikini — Liwela

    Miriam Makeba – Live

    Franco & T.P. O.K. Jazz — Kasai

    The J.B.’s — Doing It to Death

    La BO est à elle seule une déclaration politique. Ces artistes ont accompagné les luttes pour les droits civiques, la fierté noire et la liberté des peuples, et ça s’entend dans chaque mesure.

    À Bordeaux : entre mémoire et fête

    Avant la projection, DJ Koyla a pris le booth, un set qui navigue entre classiques, raretés et percussions électroniques, pour faire dialoguer passé et présent, mémoire et fête, lutte et joie.

    OKINKA était là pour documenter. Parce que ces moments, entre art, mémoire et musique, méritent d’être vus, entendus, archivés. C’est comme ça que se construisent les archives culturelles de demain.

    À Bordeaux, des lieux comme la Villa Valmont et des initiatives comme celles de l’Institut des Afriques le prouvent : la mémoire noire est vivante, plurielle, et accessible. OKINKA est là pour en être le relais.

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  • OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux

    OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux

    OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux : musique, identités et écoute active

    Le 28 mars 2026, OKINKA, Medusyne et Collectfis du Printemps décolonial ont investi le Pas de Lune à Bordeaux pour une soirée en trois temps : séance d’écoute commentée, blind test, puis DJ set de Vitamlyn. Un format pensé comme un espace d’écoute active et de réflexion collective, dans le cadre d’un festival qui interroge les héritages coloniaux au présent.

    Une semaine pour comprendre les traces coloniales… et agir

    Du 24 au 29 mars 2026, Bordeaux accueillait la première édition du Printemps décolonial. Une semaine de rencontres, projections, performances et débats portée par l’association Guide du Bordeaux colonial, le laboratoire Les Afriques dans le Monde et l’Institut des Afriques, en lien avec un réseau dense d’artistes et d’organisations locales.

    Cet événement à Bordeaux n’est pas anodin. Ancien port central de la traite négrière, la ville porte dans son bâti, ses noms de rues et ses monuments les traces d’un passé que les récits historiques dominants ont longtemps minorés ou euphémisés. C’est précisément contre cette amnésie sélective que le festival a été conçu — conférence avec Salah Hamouri sur la Palestine, focus sur la situation en Kanaky, ateliers de contre-cartographie, déambulations décoloniales dans la ville, lectures musicales, théâtre. Dans un contexte politique national tendu, cette programmation assume de croiser recherche, création artistique et engagement citoyen, afin de lutter contre les dérives racistes et « néo-coloniales ».

    Manifestation contre le racisme et le facisme – Chloé Pujol Marie-Sainte

    Séance d’écoute commentée : focus sur les artistes engagé•es

    La soirée s’est ouverte avec la séance d’écoute commentée proposée par l’équipe OKINKA. Le programme : 22 titres, 18 pays, six décennies de musiques africaines traversées par des enjeux décoloniaux. De l’Indépendance Cha-Cha d’African Jazz, composé pendant la table même des négociations à Bruxelles, diffusé le jour de l’indépendance congolaise le 30 juin 1960, jusqu’à Heartbeat de Nneka, sorti en 2008, chanteuse germano-nigériane très vocale sur le panafricanisme et la lutte contre le néo-colonialisme en Afrique.

    Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    Entre ces deux bornes : Miriam Makeba, dont le passeport a été retiré par le gouvernement sud-africain après ses discours à l’ONU contre l’apartheid, et qui n’est rentrée dans son pays qu’en 1990 ; Fela Kuti et son Zombie, après lequel l’armée nigériane a détruit sa communauté et précipité la mort de sa mère ; Cheikha Rimitti chantant le désir féminin en arabe dans une Algérie encore colonisée ; Oumou Sangaré dénonçant la polygamie et les mariages forcés à 21 ans ou encore, Sona Jobarteh, première femme griot à jouer la kora professionnellement, brisant un interdit transmis depuis des générations.

    Chaque titre porte une histoire, un contexte, une question. Le public, qui mélange de personnes déjà engagées dans ces réflexions et de curieux·ses venu·es au fil du festival, est entré dans l’écoute avec une attention qui n’a fait que croître au cours de la soirée. C’est une constante dans ce format : plus on écoute vraiment, plus les questions s’affinent, et plus la discussion devient substantielle.

    Le blind test : reconnaître les sons africains sans pouvoir les nommer

    Le moment du blind test a révélé quelque chose de précis et d’éclairant. Le public reconnaissait les sonorités, les rythmiques, les ambiances géographiques, mais était fréquemment dans l’incapacité de nommer les artistes.

    Blind test 100% musiques africaines et afrodescendantes au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    Cette asymétrie musicale, elle aussi, n’est pas anodine. Elle dit quelque chose sur la manière dont les musiques africaines circulent en Europe : présentes dans les playlists, les clubs, les samplers, mais rarement accompagnées des récits qui leur donnent leur profondeur. Manu Dibango a dû aller en justice pour récupérer ce que Michael Jackson lui avait pris sans le créditer. La morna cap-verdienne porte dans sa mélancolie cinq siècles de colonisation portugaise. Autant d’histoires qui ne parviennent pas avec le son quand celui-ci voyage seul. C’est là que la séance d’écoute commentée et le blind test interviennent comme des médiums intéressant pour entamer un dialogue sur ces musiques aux récits oubliés.

    Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    La compréhension et l’écoute active sont le point de départ d’une relation différente aux musiques du continent africain et de ses diasporas. Lors du blind test, le public a pris plaisir à être surpris par ce qu’il ne savait pas encore qu’il ne savait pas.

    Vitamlyn aux platines pour clore la soirée

    La soirée s’est prolongée avec le DJ set de Vitamlyn, DJ congo-angolaise, membre du collectif Medusyne et co-fondatrice du duo Malandras avec Patt Canhoto. Une continuité naturelle avec ce qui venait d’être traversé collectivement : des sons du continent africain et de sa diaspora portés par quelqu’un qui en est, dans un espace où la fête et la réflexion ne sont pas des registres opposés, et sont surtout toujours politiques.

    Photo Dj Vitamlyn — Chloé Pujol Marie-Sainte
    • Retrouvez notre interview avec Vitamlyn : ici

    Trois structures, une soirée, une cohérence : Collectfis du Printemps décolonial, Medusyne et OKINKA. Chacune avec ses outils et ses langages propres, toutes animées par la conviction que la culture est un terrain de lutte autant que de plaisir partagé.

    Vous souhaitez organiser une séance d’écoute commentée ou un blind test ?

    Les séances OKINKA sont adaptables à différents contextes : festivals, médiathèques, établissements scolaires, associations, événements culturels ou professionnels.

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  • OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    Dans le cadre des Escales, événement musical porté par le collectif CAADNA, OKINKA a rencontré Ninoska Espinola, chanteuse franco-chilienne pluridisciplinaire. De son héritage chilien à la rencontre des récits caribéens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour des questions d’identité et d’histoire. Une conversation qui traverse les territoires, les mémoires et les héritages afrodescendants, au croisement de la création artistique et des réalités sociales.

    Ninoska Espinola : une voix entre plusieurs mondes

    Ninoska porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre cultures, langues et espaces. Franco-chilienne, perçue comme blanche, elle interroge aussi la place qu’elle occupe dans ces dynamiques et reconnaît les privilèges qui peuvent en découler, en se positionnant de manière consciente et engagée dans les luttes décoloniales. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont ces circulations façonnent sa musique et sa façon de chanter le monde.

    Au fil de la discussion, elle évoque la place des femmes afrodescendantes dans les industries culturelles, les injonctions liées à la représentation, mais aussi la force des communautés qui se construisent en marge de la société chilienne.

    Décoloniser la musique et créer comme acte politique

    Ce premier talk des Escales de CAADNA met en lumière une conviction forte : la décolonisation de la musique est globale et les récits sont pluriels. La musique de Ninoska devient alors un espace de réparation, de réappropriation et de résistance, notamment à travers un travail autour du Black History Month et des réflexions sur la décolonisation des musiques en Amérique du Sud.

    Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment préserver les héritages culturels tout en inventant de nouvelles formes ? Comment rester fidèle à ses racines sans s’y laisser enfermer ?

    OKINKA Talks x CAADNA : faire circuler les voix à Bordeaux

    Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune de CAADNA et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute pour les voix afrodescendantes, sans filtre ni simplification. Ces temps d’échange rappellent la nécessité de lieux dédiés aux artistes africain·es et afrodescendant·es, dans toute la complexité de leurs trajectoires et de leurs créations à Bordeaux.

    Découvrez ici, d’autres initiatives bordelaises afro-descendantes !

    • Échange à écouter OKINKA Radio, disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.
    • Suivez les actualités de Ninoska Espinola et ses prochaines dates ici.
  • Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Photo affiche film soundtrack to a coup d'etat

    Soundtrack to a Coup d’État : playlist panafricaine

    Réalisé par Johan Grimonprez, le film documentaire Soundtrack to a Coup d’État revient sur les tensions internationales entourant l’indépendance du Congo et l’assassinat de Patrice Lumumba, dans un contexte de Guerre dite « froide ». Replongez dans la bande-son de SoundTrack To a Coup d’État, pour bien clôturer le Black History Month.

    Clôturer le Black History Month en musique

    Ce documentaire nous rappelle que la musique est un témoin des événements historiques, mais n’est pas confinée à un seul endroit. Alors que, les récits occidentaux sont biaisés et corrompus, le choix de Johan Grimonprez d’utiliser la bande sonore, souligne une vérité sombre qui a toujours était tue. Quand la Guerre n’a pas lieu sur les sols occidentaux, elle n’existe pas ou… elle est considérée comme « froide ».

    Il ne faut jamais rester silencieux… jamais ! — In Koli Jean Bofane, écrivain et historien congolais

    Cette sélection démontre aussi, que les mouvements de libération noirs n’ont pas toujours été isolés ; tantôt ils se rejoignent, tantôt il se superposent. La musique étant aussi un outil de soft power très puissant, elle fait face a beaucoup de contradictions, car elle peut être utilisée à la fois par les opprimés et par les oppresseurs.

    Affiche soundtrack to a coup d'état
    Affiche du film documentaire SoundTrack To a Coup d’État de Johan Grimonprèz — Louis Armstrong, Andrée Blouin et Ambroise Boimbo

    Le film propose une lecture sonore d’un contexte historique encore très actuel au Congo, du panafricanisme et des stratégies impérialistes occidentales. Le jazz afro-américain dialogue avec la rumba congolaise, traversant la diplomatie internationale, les luttes de libérations et les cris de rupture.

    1960 : indépendance et espoirs panafricains

    Le Congo accède à l’indépendance le 30 juin 1960. Cette journée historique est marquée par un discours majeur prononcé par le visionnaire Patrice Lumumba. Ce moment s’inscrit dans le vaste mouvement de décolonisation du continent africain dans les années 60, porté par des figures panafricanistes comme Kwame Nkrumah au Ghana.

    L’indépendance congolaise en musique

    Indépendance Cha-Cha — Grand Kallé & African Jazz

    Grand classique africain, repris bien au-delà du Congo, ce morceau devient l’hymne officieux des indépendances africaines. Il célèbre la libération politique et incarne un moment d’euphorie collective… avant les divisions, les trahisons et les ruptures qui ont suivi.

    Table Ronde — Grand Kallé

    Cette chanson fait référence aux négociations politiques de Bruxelles. La rumba devient ici chronique historique. Elle accompagne les débats autour de la place de Lumumba dans les affaires congolaises et internationales. Cette rumba est devenue un marqueur historique, politique et culturel.

    « Lorsque le poisson pleure dans l’eau, cela se voit-il ? » — proverbe congolais film — In Koli Jean Bofane — écrivain

    « Jazz diplomacy » : Washington envoie ses musicien·ne·s

    Très vite, l’événement devient un enjeu central de la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS (l’actuelle Russie). L’espoir politique de libération se heurte aux intérêts des ressources naturelles au Congo, les logiques d’ingérence mondiale de l’ONU et la course pour la bombe atomique.

    Les États-Unis sortent le grand jeu et soutiennent des tournées de jazz à travers le monde, mettant en vedette des artistes noirs américains tels que Nina Simone, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Abbey Lincoln, Max Roach ou Dizzy Gillespie. L’objectif était de promouvoir une image progressiste du pays, pour faire face au communisme de l’URSS porté par Nikita Khrouchtchev (programme documenté par le Département d’État américain dans les années 1950-60). Cette démarche, dont les artistes en questions n’étaient pas informés, s’oppose radicalement à la ségrégation raciale, qui persiste encore aux États-Unis.

    Louis Armstrong et sa femme au pieds des pyramides égyptiennes.

    Le Jazz et le Blues comme vitrine démocratique

    Vote Dizzy — Dizzy Gillepsie

    Saxophoniste d’exception, Dizzy Gillespie fait partie des artistes envoyés par les États-Unis dans le cadre de leur diplomatie culturelle. Ironique et lucide, il ira jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle avec un « gouvernement » composé d’artistes et de figures politiques engagées. Pour Gillepsie, pas de Maison Blanche mais une Maison du Blues. Une manière de rappeler que la musique restait une arme « cool », mais profondément politique.

    Black and Blue — Louis Armstrong

    C’est chanson devenue emblématique qui aborde la souffrance raciale aux USA. Louis Armstrong, envoyé comme représentant culturel, incarne cette contradiction américaine : un artiste afro-américain qui prône la liberté et l’unité en Afrique, tandis qu’il continue de lutter pour sa propre liberté aux États-Unis. Lorsqu’il a appris pourquoi il était envoyé partout, il a menacé de se déchoir de nationalité américaine.

    Figures de la Black History & revendications noires

    D’autres artistes ne se conforment pas aux règles du jeu diplomatique et rejettent complètement l’image d’une Amérique moralisatrice. C’est le cas de Nina Simone ou d’Abbey Lincoln, qui, avec Maya Angelou, écrivaine et poétesse afro-américaine, ira jusqu’à l’ONU pour protester contre cet assassinat de Patrice Lumumba et contester l’impérialisme américain, belge et les faux-semblants de l’ONU.

    Le jazz comme cri de révolte

    Tryptich: Prayer / Prostest / Peace — Max Roach & Abbey Lincoln

    Œuvre majeure du jazz militant, qui relie les luttes africaines et afro-américaines sans paillettes. La batterie de Max Roach accompagne le cri strident et désespéré d‘Abbey Lincoln.

    The Ballad of Hollis Brown — Nina Simone

    Nina Simone incarne une radicalité artistique et politique assumée, avec son piano et sa voix grave teinte d’émotion. Ce morceau raconte la vie d’un homme afro-américain dans un pays profondément injuste, raciste et négligé par un gouvernement, qui joue les pacificateurs.

    Rumba congolaise : une résistance culturelle

    Face aux ingérences belges et occidentales, notamment l’ONU, la rumba devient espace d’expression, de mémoire et de rassemblement. Mais la surveillance belge est partout ! Tous les faits et gestes sont suivis, les esprits corrompus et les espoirs se perdent.

    Chanter sous surveillance : « êtes-vous communiste Mr Lumumba ? »

    Vive Patrice Lumumba – Vicky Longomba & L’African Jazz

    Figure centrale de la rumba congolaise, Vicky Longomba & l’African Jazz inscrit dans sa musique les mutations de la société congolaise avant, pendant et post-indépendance. La fête n’empêche pas l’analyse, au contraire, elle permet de rassembler, recruter et contrer la colonisation belge.

    Adou Elenga — Ata Ndele

    Avec Ata Ndele, Adou Elenga inscrit la contestation dans la musique populaire congolaise dès la période coloniale. Derrière sa simplicité apparente, le morceau porte un refus clair et une conscience politique précoce. Il rappelle que la résistance culturelle précède l’indépendance.

    Pas un Pas sans Bata — Franco & .O.K. Jazz

    Dans ce morceau Franco & O.K. Jazz affirment une avancée déterminée, sans compromis avec les chaussures Bata. La rumba devient posture politique autant que rythme collectif. Danser, ici, n’exclut jamais la vigilance.

    La musique : moteur des résistances noires

    Le film met en évidence la manière dont la musique se diffuse à travers les continents, allant de New York à Kinshasha (anciennement Léopoldville), en passant par Bruxelles, Moscou et La Havane. Les musiques noires et afro-descendantes dialoguent toutes entre elles.

    From Africa to Cuba, from Cuba to Africa

    Rico el Mambo — Dámaso Pérez Prado

    Les rythmes afro-cubains incarnent la continuité des circulations transatlantiques après la période de l’esclavage. Les liens ne sont pas totalement interrompus, ils persistent sous d’autres formats, plus revendicatifs. Ce morceau souligne les relations entre l’Afrique et ses afrodescendance en Amérique Latine, notamment à Cuba où un anti-impérialiste fait foi. Il s’appelait Fidel Castro.

    « Mama Africa » : l’artiste qui résiste

    Mbube — Miriam Makeba

    Cette chanson de celle qu’on appelait « Mama Africa » , est devenue un symbole mondial des combats pour la liberté en Afrique, notamment l’Apartheid en Afrique du Sud. Miriam Makeba devra s’exiler en Guinée-Conakry pendant plus de 30 ans pour avoir chanté et livrer un discours à l’ONU contre le gouvernement pro-apartheid sud-africain.

    Le silence !

    Les passages silencieux dans le film mettent en évidence des instants remplis d’angoisse et de tension extrême, qui poussent le spectateur à s’interroger sur ses ressentis. Ils contrastent avec les moments forts, sans les apaiser pour autant. Ici, le silence approfondit la gravité de la situation et ne laisse pas place à une quelconque indifférence.

    Timbre Patrice Lumumba — RDC
    Timbre Patrice Lumumba — RDC

    Bien que le Black History Month soit né aux États-Unis, les réalités qu’il met en lumière : le racisme systémique, les luttes pour l’autodétermination et résistances culturelles, dépassent largement le cadre états-unien. Les circulations musicales et politiques évoquées dans ce documentaire rappellent que les luttes noires résonnent à l’échelle mondiale.

    « La musique peut initier un changement dans notre façon de penser. » — Malcolm X

    discussion post projection soundtrack to a coup d'etat avec Daniela DFG Nazaré

    Ce film a également donné lieu à deux discussions publiques après projection, auxquelles l’équipe OKINKA a pu participé (Cinéma Ulrich – Poitiers / Cinéma LUX – Cadillac). Ces échanges ont prolongé les réflexions sur les circulations culturelles et l’importance de mieux transmettre les récits historiques africains et afro-descendants.

    « Ceci n’est pas uniquement de la musique » 

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