Auteur/autrice : Daniela DA FONSECA GOMES NAZARÉ

  • Okinka Talks I Asna

    Okinka Talks I Asna

    OKINKA Talks I Asna

    Dans le cadre de la deuxième édition d’Adrénaline, événement électronique porté par le festival Orangeade à Bordeaux, OKINKA a rencontré Asna, DJ et productrice de la scène afro-diasporique. De son masque en cauris aux dancefloors européens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour de l’hommage aux ancêtres et à sa culture. Une conversation qui traverse les héritages, les symboles et les corps en mouvement.

    Asna : une présence entre mémoire et percussions

    Asna porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre l’Afrique de l’Ouest et la scène électronique européenne. Ivoirienne, malienne, sénégalaise et mauritanienne, elle superpose ses différentes cultures et les laisse coexister sur scène sans compromis. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont cet héritage multiculturel façonne sa musique et sa façon d’habiter un dancefloor.

    Crédit photo : Chloé Pujol Marie-Sainte — Adrénaline – Orangeade

    Au fil de la discussion, elle évoque la signification profonde de son masque en cauris africains, symbole de protection et de connexion aux ancêtres dans les traditions ouest-africaines. Mais aussi l’importance de rendre hommage à celles et ceux qui précèdent, comme acte fondateur de sa création artistique.

    Porter sa culture comme un acte politique

    Ce talk OKINKA met en lumière une conviction forte : la scène électronique africaine n’a pas à se justifier. Les corps afrodescendant•es ont leur place au centre, et pas en marge des dancefloors. C’est là que la musique d’Asna devient un espace de transmission, de réappropriation et de célébration, notamment à travers un travail visuel et sonore ancré dans les codes culturels ouest-africains.

    Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment faire vivre un héritage sans le figer ? Comment rendre hommage aux ancêtres tout en inventant de nouvelles formes ?

    OKINKA Talks x Orangeade : faire circuler les voix à Bordeaux

    Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune d’Orangeade et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute, dédiés aux voix africaines et afro-descendantes. Ces temps d’échange nous permettent de mettre les artistes afro-diasporiques en valeur dans toute leur complexité.

    Découvrez ici d’autres initiatives bordelaises afro-descendantes !

    • Échange à écouter sur OKINKA Radio, disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.
    • Suivez les actualités d’Asna et ses prochaines dates sur ses réseaux : @asna

  • BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte

    BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte

    Dans le cadre d’une archive OKINKA à la Villa Valmont à Lormont, lors de la fin de saison de l’Institut des Afriques, on vous propose de replonger dans la projection de When We Were Kings de Léon Gast. On revient sur un des temps forts de la lutte noire américaine, à travers une BO qui claque !

    Un film, un combat, une époque

    Sorti en 1996, When We Were Kings retrace le combat mythique entre Muhammad Ali et George Foreman en 1974 à Kinshasa. Mais derrière le ring, c’est tout un pan de l’histoire noire qui s’incarne : dignité, résistance, unité. On n’est plus dans le sport — on est dans une lutte de survie.

    Le film replace le combat dans le contexte du Zaïre de Mobutu : d’un côté, les luttes afro-américaines pour les droits civiques ; de l’autre, un peuple zaïrois sous le joug d’une dictature. Deux formes d’oppression, une même aspiration à exister. Les corps noirs, souvent réduits à des objets de spectacle, reprennent ici leur place en tant que sujets de pouvoir.

    Les deux titans

    Ali est au sommet autant physiquement, que politiquement, que symboliquement. Partout où il va, il est adoré. Parce qu’il s’engage contre toutes les formes d’oppression, à commencer par la ségrégation aux États-Unis. Face à lui, Foreman : considéré à l’époque comme le boxeur le plus puissant du monde, mais perçu par beaucoup comme un pion de la machine américaine, celle qui n’a jamais cessé d’utiliser les corps noirs pour sa propre prospérité.

    Zaïre 74 : le festival qui a tout changé

    Du 22 au 24 septembre 1974, en marge du combat, se tient au stade du 20 Mai de Kinshasa le festival Zaïre 74. Coproduit par Hugh Masekela et Don King, il réunit plus de 50 000 personnes par jour pendant trois jours. Au programme : Miriam Makeba, James Brown, Franco & TP OK Jazz, Manu Dibango, The Supremes, Jackson Five, Bill Withers… Le funk, la soul, le blues et le jazz comme cris de dignité. Ce festival a été le pont entre les combats afro-américains et africains dans une cause panafricaine. Et il a avant tout donné naissance à la compilation Zaïre 74 : The African Artists.

    Top 5 de la BO

    James Brown — Say It Loud, I’m Black and I’m Proud

    Abeti Masikini — Liwela

    Miriam Makeba – Live

    Franco & T.P. O.K. Jazz — Kasai

    The J.B.’s — Doing It to Death

    La BO est à elle seule une déclaration politique. Ces artistes ont accompagné les luttes pour les droits civiques, la fierté noire et la liberté des peuples, et ça s’entend dans chaque mesure.

    À Bordeaux : entre mémoire et fête

    Avant la projection, DJ Koyla a pris le booth, un set qui navigue entre classiques, raretés et percussions électroniques, pour faire dialoguer passé et présent, mémoire et fête, lutte et joie.

    OKINKA était là pour documenter. Parce que ces moments, entre art, mémoire et musique, méritent d’être vus, entendus, archivés. C’est comme ça que se construisent les archives culturelles de demain.

    À Bordeaux, des lieux comme la Villa Valmont et des initiatives comme celles de l’Institut des Afriques le prouvent : la mémoire noire est vivante, plurielle, et accessible. OKINKA est là pour en être le relais.

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  • OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux

    OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux : musique, identités et écoute active

    Le 28 mars 2026, OKINKA, Medusyne et Collectfis du Printemps décolonial ont investi le Pas de Lune à Bordeaux pour une soirée en trois temps : séance d’écoute commentée, blind test, puis DJ set de Vitamlyn. Un format pensé comme un espace d’écoute active et de réflexion collective, dans le cadre d’un festival qui interroge les héritages coloniaux au présent.

    Une semaine pour comprendre les traces coloniales… et agir

    Du 24 au 29 mars 2026, Bordeaux accueillait la première édition du Printemps décolonial. Une semaine de rencontres, projections, performances et débats portée par l’association Guide du Bordeaux colonial, le laboratoire Les Afriques dans le Monde et l’Institut des Afriques, en lien avec un réseau dense d’artistes et d’organisations locales.

    Cet événement à Bordeaux n’est pas anodin. Ancien port central de la traite négrière, la ville porte dans son bâti, ses noms de rues et ses monuments les traces d’un passé que les récits historiques dominants ont longtemps minorés ou euphémisés. C’est précisément contre cette amnésie sélective que le festival a été conçu — conférence avec Salah Hamouri sur la Palestine, focus sur la situation en Kanaky, ateliers de contre-cartographie, déambulations décoloniales dans la ville, lectures musicales, théâtre. Dans un contexte politique national tendu, cette programmation assume de croiser recherche, création artistique et engagement citoyen, afin de lutter contre les dérives racistes et « néo-coloniales ».

    Manifestation contre le racisme et le facisme – Chloé Pujol Marie-Sainte

    Séance d’écoute commentée : focus sur les artistes engagé•es

    La soirée s’est ouverte avec la séance d’écoute commentée proposée par l’équipe OKINKA. Le programme : 22 titres, 18 pays, six décennies de musiques africaines traversées par des enjeux décoloniaux. De l’Indépendance Cha-Cha d’African Jazz, composé pendant la table même des négociations à Bruxelles, diffusé le jour de l’indépendance congolaise le 30 juin 1960, jusqu’à Heartbeat de Nneka, sorti en 2008, chanteuse germano-nigériane très vocale sur le panafricanisme et la lutte contre le néo-colonialisme en Afrique.

    Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    Entre ces deux bornes : Miriam Makeba, dont le passeport a été retiré par le gouvernement sud-africain après ses discours à l’ONU contre l’apartheid, et qui n’est rentrée dans son pays qu’en 1990 ; Fela Kuti et son Zombie, après lequel l’armée nigériane a détruit sa communauté et précipité la mort de sa mère ; Cheikha Rimitti chantant le désir féminin en arabe dans une Algérie encore colonisée ; Oumou Sangaré dénonçant la polygamie et les mariages forcés à 21 ans ou encore, Sona Jobarteh, première femme griot à jouer la kora professionnellement, brisant un interdit transmis depuis des générations.

    Chaque titre porte une histoire, un contexte, une question. Le public, qui mélange de personnes déjà engagées dans ces réflexions et de curieux·ses venu·es au fil du festival, est entré dans l’écoute avec une attention qui n’a fait que croître au cours de la soirée. C’est une constante dans ce format : plus on écoute vraiment, plus les questions s’affinent, et plus la discussion devient substantielle.

    Le blind test : reconnaître les sons africains sans pouvoir les nommer

    Le moment du blind test a révélé quelque chose de précis et d’éclairant. Le public reconnaissait les sonorités, les rythmiques, les ambiances géographiques, mais était fréquemment dans l’incapacité de nommer les artistes.

    Blind test 100% musiques africaines et afrodescendantes au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    Cette asymétrie musicale, elle aussi, n’est pas anodine. Elle dit quelque chose sur la manière dont les musiques africaines circulent en Europe : présentes dans les playlists, les clubs, les samplers, mais rarement accompagnées des récits qui leur donnent leur profondeur. Manu Dibango a dû aller en justice pour récupérer ce que Michael Jackson lui avait pris sans le créditer. La morna cap-verdienne porte dans sa mélancolie cinq siècles de colonisation portugaise. Autant d’histoires qui ne parviennent pas avec le son quand celui-ci voyage seul. C’est là que la séance d’écoute commentée et le blind test interviennent comme des médiums intéressant pour entamer un dialogue sur ces musiques aux récits oubliés.

    Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte

    La compréhension et l’écoute active sont le point de départ d’une relation différente aux musiques du continent africain et de ses diasporas. Lors du blind test, le public a pris plaisir à être surpris par ce qu’il ne savait pas encore qu’il ne savait pas.

    Vitamlyn aux platines pour clore la soirée

    La soirée s’est prolongée avec le DJ set de Vitamlyn, DJ congo-angolaise, membre du collectif Medusyne et co-fondatrice du duo Malandras avec Patt Canhoto. Une continuité naturelle avec ce qui venait d’être traversé collectivement : des sons du continent africain et de sa diaspora portés par quelqu’un qui en est, dans un espace où la fête et la réflexion ne sont pas des registres opposés, et sont surtout toujours politiques.

    Photo Dj Vitamlyn — Chloé Pujol Marie-Sainte
    • Retrouvez notre interview avec Vitamlyn : ici

    Trois structures, une soirée, une cohérence : Collectfis du Printemps décolonial, Medusyne et OKINKA. Chacune avec ses outils et ses langages propres, toutes animées par la conviction que la culture est un terrain de lutte autant que de plaisir partagé.

    Vous souhaitez organiser une séance d’écoute commentée ou un blind test ?

    Les séances OKINKA sont adaptables à différents contextes : festivals, médiathèques, établissements scolaires, associations, événements culturels ou professionnels.

    📩 contact.okinka@gmail.com · 🌐 okinka.com · 📱 @okinkamedia

  • OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    OKINKA Talks I Ninoska Espinola

    Dans le cadre des Escales, événement musical porté par le collectif CAADNA, OKINKA a rencontré Ninoska Espinola, chanteuse franco-chilienne pluridisciplinaire. De son héritage chilien à la rencontre des récits caribéens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour des questions d’identité et d’histoire. Une conversation qui traverse les territoires, les mémoires et les héritages afrodescendants, au croisement de la création artistique et des réalités sociales.

    Ninoska Espinola : une voix entre plusieurs mondes

    Ninoska porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre cultures, langues et espaces. Franco-chilienne, perçue comme blanche, elle interroge aussi la place qu’elle occupe dans ces dynamiques et reconnaît les privilèges qui peuvent en découler, en se positionnant de manière consciente et engagée dans les luttes décoloniales. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont ces circulations façonnent sa musique et sa façon de chanter le monde.

    Au fil de la discussion, elle évoque la place des femmes afrodescendantes dans les industries culturelles, les injonctions liées à la représentation, mais aussi la force des communautés qui se construisent en marge de la société chilienne.

    Décoloniser la musique et créer comme acte politique

    Ce premier talk des Escales de CAADNA met en lumière une conviction forte : la décolonisation de la musique est globale et les récits sont pluriels. La musique de Ninoska devient alors un espace de réparation, de réappropriation et de résistance, notamment à travers un travail autour du Black History Month et des réflexions sur la décolonisation des musiques en Amérique du Sud.

    Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment préserver les héritages culturels tout en inventant de nouvelles formes ? Comment rester fidèle à ses racines sans s’y laisser enfermer ?

    OKINKA Talks x CAADNA : faire circuler les voix à Bordeaux

    Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune de CAADNA et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute pour les voix afrodescendantes, sans filtre ni simplification. Ces temps d’échange rappellent la nécessité de lieux dédiés aux artistes africain·es et afrodescendant·es, dans toute la complexité de leurs trajectoires et de leurs créations à Bordeaux.

    Découvrez ici, d’autres initiatives bordelaises afro-descendantes !

    • Échange à écouter OKINKA Radio, disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.
    • Suivez les actualités de Ninoska Espinola et ses prochaines dates ici.
  • Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Photo affiche film soundtrack to a coup d'etat

    Soundtrack to a Coup d’État : playlist panafricaine

    Réalisé par Johan Grimonprez, le film documentaire Soundtrack to a Coup d’État revient sur les tensions internationales entourant l’indépendance du Congo et l’assassinat de Patrice Lumumba, dans un contexte de Guerre dite « froide ». Replongez dans la bande-son de SoundTrack To a Coup d’État, pour bien clôturer le Black History Month.

    Clôturer le Black History Month en musique

    Ce documentaire nous rappelle que la musique est un témoin des événements historiques, mais n’est pas confinée à un seul endroit. Alors que, les récits occidentaux sont biaisés et corrompus, le choix de Johan Grimonprez d’utiliser la bande sonore, souligne une vérité sombre qui a toujours était tue. Quand la Guerre n’a pas lieu sur les sols occidentaux, elle n’existe pas ou… elle est considérée comme « froide ».

    Il ne faut jamais rester silencieux… jamais ! — In Koli Jean Bofane, écrivain et historien congolais

    Cette sélection démontre aussi, que les mouvements de libération noirs n’ont pas toujours été isolés ; tantôt ils se rejoignent, tantôt il se superposent. La musique étant aussi un outil de soft power très puissant, elle fait face a beaucoup de contradictions, car elle peut être utilisée à la fois par les opprimés et par les oppresseurs.

    Affiche soundtrack to a coup d'état
    Affiche du film documentaire SoundTrack To a Coup d’État de Johan Grimonprèz — Louis Armstrong, Andrée Blouin et Ambroise Boimbo

    Le film propose une lecture sonore d’un contexte historique encore très actuel au Congo, du panafricanisme et des stratégies impérialistes occidentales. Le jazz afro-américain dialogue avec la rumba congolaise, traversant la diplomatie internationale, les luttes de libérations et les cris de rupture.

    1960 : indépendance et espoirs panafricains

    Le Congo accède à l’indépendance le 30 juin 1960. Cette journée historique est marquée par un discours majeur prononcé par le visionnaire Patrice Lumumba. Ce moment s’inscrit dans le vaste mouvement de décolonisation du continent africain dans les années 60, porté par des figures panafricanistes comme Kwame Nkrumah au Ghana.

    L’indépendance congolaise en musique

    Indépendance Cha-Cha — Grand Kallé & African Jazz

    Grand classique africain, repris bien au-delà du Congo, ce morceau devient l’hymne officieux des indépendances africaines. Il célèbre la libération politique et incarne un moment d’euphorie collective… avant les divisions, les trahisons et les ruptures qui ont suivi.

    Table Ronde — Grand Kallé

    Cette chanson fait référence aux négociations politiques de Bruxelles. La rumba devient ici chronique historique. Elle accompagne les débats autour de la place de Lumumba dans les affaires congolaises et internationales. Cette rumba est devenue un marqueur historique, politique et culturel.

    « Lorsque le poisson pleure dans l’eau, cela se voit-il ? » — proverbe congolais film — In Koli Jean Bofane — écrivain

    « Jazz diplomacy » : Washington envoie ses musicien·ne·s

    Très vite, l’événement devient un enjeu central de la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS (l’actuelle Russie). L’espoir politique de libération se heurte aux intérêts des ressources naturelles au Congo, les logiques d’ingérence mondiale de l’ONU et la course pour la bombe atomique.

    Les États-Unis sortent le grand jeu et soutiennent des tournées de jazz à travers le monde, mettant en vedette des artistes noirs américains tels que Nina Simone, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Abbey Lincoln, Max Roach ou Dizzy Gillespie. L’objectif était de promouvoir une image progressiste du pays, pour faire face au communisme de l’URSS porté par Nikita Khrouchtchev (programme documenté par le Département d’État américain dans les années 1950-60). Cette démarche, dont les artistes en questions n’étaient pas informés, s’oppose radicalement à la ségrégation raciale, qui persiste encore aux États-Unis.

    Louis Armstrong et sa femme au pieds des pyramides égyptiennes.

    Le Jazz et le Blues comme vitrine démocratique

    Vote Dizzy — Dizzy Gillepsie

    Saxophoniste d’exception, Dizzy Gillespie fait partie des artistes envoyés par les États-Unis dans le cadre de leur diplomatie culturelle. Ironique et lucide, il ira jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle avec un « gouvernement » composé d’artistes et de figures politiques engagées. Pour Gillepsie, pas de Maison Blanche mais une Maison du Blues. Une manière de rappeler que la musique restait une arme « cool », mais profondément politique.

    Black and Blue — Louis Armstrong

    C’est chanson devenue emblématique qui aborde la souffrance raciale aux USA. Louis Armstrong, envoyé comme représentant culturel, incarne cette contradiction américaine : un artiste afro-américain qui prône la liberté et l’unité en Afrique, tandis qu’il continue de lutter pour sa propre liberté aux États-Unis. Lorsqu’il a appris pourquoi il était envoyé partout, il a menacé de se déchoir de nationalité américaine.

    Figures de la Black History & revendications noires

    D’autres artistes ne se conforment pas aux règles du jeu diplomatique et rejettent complètement l’image d’une Amérique moralisatrice. C’est le cas de Nina Simone ou d’Abbey Lincoln, qui, avec Maya Angelou, écrivaine et poétesse afro-américaine, ira jusqu’à l’ONU pour protester contre cet assassinat de Patrice Lumumba et contester l’impérialisme américain, belge et les faux-semblants de l’ONU.

    Le jazz comme cri de révolte

    Tryptich: Prayer / Prostest / Peace — Max Roach & Abbey Lincoln

    Œuvre majeure du jazz militant, qui relie les luttes africaines et afro-américaines sans paillettes. La batterie de Max Roach accompagne le cri strident et désespéré d‘Abbey Lincoln.

    The Ballad of Hollis Brown — Nina Simone

    Nina Simone incarne une radicalité artistique et politique assumée, avec son piano et sa voix grave teinte d’émotion. Ce morceau raconte la vie d’un homme afro-américain dans un pays profondément injuste, raciste et négligé par un gouvernement, qui joue les pacificateurs.

    Rumba congolaise : une résistance culturelle

    Face aux ingérences belges et occidentales, notamment l’ONU, la rumba devient espace d’expression, de mémoire et de rassemblement. Mais la surveillance belge est partout ! Tous les faits et gestes sont suivis, les esprits corrompus et les espoirs se perdent.

    Chanter sous surveillance : « êtes-vous communiste Mr Lumumba ? »

    Vive Patrice Lumumba – Vicky Longomba & L’African Jazz

    Figure centrale de la rumba congolaise, Vicky Longomba & l’African Jazz inscrit dans sa musique les mutations de la société congolaise avant, pendant et post-indépendance. La fête n’empêche pas l’analyse, au contraire, elle permet de rassembler, recruter et contrer la colonisation belge.

    Adou Elenga — Ata Ndele

    Avec Ata Ndele, Adou Elenga inscrit la contestation dans la musique populaire congolaise dès la période coloniale. Derrière sa simplicité apparente, le morceau porte un refus clair et une conscience politique précoce. Il rappelle que la résistance culturelle précède l’indépendance.

    Pas un Pas sans Bata — Franco & .O.K. Jazz

    Dans ce morceau Franco & O.K. Jazz affirment une avancée déterminée, sans compromis avec les chaussures Bata. La rumba devient posture politique autant que rythme collectif. Danser, ici, n’exclut jamais la vigilance.

    La musique : moteur des résistances noires

    Le film met en évidence la manière dont la musique se diffuse à travers les continents, allant de New York à Kinshasha (anciennement Léopoldville), en passant par Bruxelles, Moscou et La Havane. Les musiques noires et afro-descendantes dialoguent toutes entre elles.

    From Africa to Cuba, from Cuba to Africa

    Rico el Mambo — Dámaso Pérez Prado

    Les rythmes afro-cubains incarnent la continuité des circulations transatlantiques après la période de l’esclavage. Les liens ne sont pas totalement interrompus, ils persistent sous d’autres formats, plus revendicatifs. Ce morceau souligne les relations entre l’Afrique et ses afrodescendance en Amérique Latine, notamment à Cuba où un anti-impérialiste fait foi. Il s’appelait Fidel Castro.

    « Mama Africa » : l’artiste qui résiste

    Mbube — Miriam Makeba

    Cette chanson de celle qu’on appelait « Mama Africa » , est devenue un symbole mondial des combats pour la liberté en Afrique, notamment l’Apartheid en Afrique du Sud. Miriam Makeba devra s’exiler en Guinée-Conakry pendant plus de 30 ans pour avoir chanté et livrer un discours à l’ONU contre le gouvernement pro-apartheid sud-africain.

    Le silence !

    Les passages silencieux dans le film mettent en évidence des instants remplis d’angoisse et de tension extrême, qui poussent le spectateur à s’interroger sur ses ressentis. Ils contrastent avec les moments forts, sans les apaiser pour autant. Ici, le silence approfondit la gravité de la situation et ne laisse pas place à une quelconque indifférence.

    Timbre Patrice Lumumba — RDC
    Timbre Patrice Lumumba — RDC

    Bien que le Black History Month soit né aux États-Unis, les réalités qu’il met en lumière : le racisme systémique, les luttes pour l’autodétermination et résistances culturelles, dépassent largement le cadre états-unien. Les circulations musicales et politiques évoquées dans ce documentaire rappellent que les luttes noires résonnent à l’échelle mondiale.

    « La musique peut initier un changement dans notre façon de penser. » — Malcolm X

    discussion post projection soundtrack to a coup d'etat avec Daniela DFG Nazaré

    Ce film a également donné lieu à deux discussions publiques après projection, auxquelles l’équipe OKINKA a pu participé (Cinéma Ulrich – Poitiers / Cinéma LUX – Cadillac). Ces échanges ont prolongé les réflexions sur les circulations culturelles et l’importance de mieux transmettre les récits historiques africains et afro-descendants.

    « Ceci n’est pas uniquement de la musique » 

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