Dans le cadre de la deuxième édition d’Adrénaline, événement électronique porté par le festival Orangeade à Bordeaux, OKINKA a rencontré Asna, DJ et productrice de la scène afro-diasporique. De son masque en cauris aux dancefloors européens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour de l’hommage aux ancêtres et à sa culture. Une conversation qui traverse les héritages, les symboles et les corps en mouvement.
Asna : une présence entre mémoire et percussions
Asna porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre l’Afrique de l’Ouest et la scène électronique européenne. Ivoirienne, malienne, sénégalaise et mauritanienne, elle superpose ses différentes cultures et les laisse coexister sur scène sans compromis. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont cet héritage multiculturel façonne sa musique et sa façon d’habiter un dancefloor.
Au fil de la discussion, elle évoque la signification profonde de son masque en cauris africains, symbole de protection et de connexion aux ancêtres dans les traditions ouest-africaines. Mais aussi l’importance de rendre hommage à celles et ceux qui précèdent, comme acte fondateur de sa création artistique.
Porter sa culture comme un acte politique
Ce talk OKINKA met en lumière une conviction forte : la scène électronique africaine n’a pas à se justifier. Les corps afrodescendant•es ont leur place au centre, et pas en marge des dancefloors. C’est là que la musique d’Asna devient un espace de transmission, de réappropriation et de célébration, notamment à travers un travail visuel et sonore ancré dans les codes culturels ouest-africains.
Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment faire vivre un héritage sans le figer ? Comment rendre hommage aux ancêtres tout en inventant de nouvelles formes ?
OKINKA Talks x Orangeade : faire circuler les voix à Bordeaux
Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune d’Orangeade et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute, dédiés aux voix africaines et afro-descendantes. Ces temps d’échange nous permettent de mettre les artistes afro-diasporiques en valeur dans toute leur complexité.
BO de When We Were Kings : Zaïre 74 et la musique comme lutte
Dans le cadre d’une archive OKINKA à la Villa Valmont à Lormont, lors de la fin de saison de l’Institut des Afriques, on vous propose de replonger dans la projection de When We Were Kings de Léon Gast. On revient sur un des temps forts de la lutte noire américaine, à travers une BO qui claque !
Un film, un combat, une époque
Sorti en 1996, When We Were Kings retrace le combat mythique entre Muhammad Ali et George Foreman en 1974 à Kinshasa. Mais derrière le ring, c’est tout un pan de l’histoire noire qui s’incarne : dignité, résistance, unité. On n’est plus dans le sport — on est dans une lutte de survie.
Le film replace le combat dans le contexte du Zaïre de Mobutu : d’un côté, les luttes afro-américaines pour les droits civiques ; de l’autre, un peuple zaïrois sous le joug d’une dictature. Deux formes d’oppression, une même aspiration à exister. Les corps noirs, souvent réduits à des objets de spectacle, reprennent ici leur place en tant que sujets de pouvoir.
Les deux titans
Ali est au sommet autant physiquement, que politiquement, que symboliquement. Partout où il va, il est adoré. Parce qu’il s’engage contre toutes les formes d’oppression, à commencer par la ségrégation aux États-Unis. Face à lui, Foreman : considéré à l’époque comme le boxeur le plus puissant du monde, mais perçu par beaucoup comme un pion de la machine américaine, celle qui n’a jamais cessé d’utiliser les corps noirs pour sa propre prospérité.
Zaïre 74 : le festival qui a tout changé
Du 22 au 24 septembre 1974, en marge du combat, se tient au stade du 20 Mai de Kinshasa le festival Zaïre 74. Coproduit par Hugh Masekela et Don King, il réunit plus de 50 000 personnes par jour pendant trois jours. Au programme : Miriam Makeba, James Brown, Franco & TP OK Jazz, Manu Dibango, The Supremes, Jackson Five, Bill Withers… Le funk, la soul, le blues et le jazz comme cris de dignité. Ce festival a été le pont entre les combats afro-américains et africains dans une cause panafricaine. Et il a avant tout donné naissance à la compilation Zaïre 74 : The African Artists.
Top 5 de la BO
James Brown — Say It Loud, I’m Black and I’m Proud
Abeti Masikini — Liwela
Miriam Makeba – Live
Franco & T.P. O.K. Jazz — Kasai
The J.B.’s — Doing It to Death
La BO est à elle seule une déclaration politique. Ces artistes ont accompagné les luttes pour les droits civiques, la fierté noire et la liberté des peuples, et ça s’entend dans chaque mesure.
À Bordeaux : entre mémoire et fête
Avant la projection, DJ Koyla a pris le booth, un set qui navigue entre classiques, raretés et percussions électroniques, pour faire dialoguer passé et présent, mémoire et fête, lutte et joie.
OKINKA était là pour documenter. Parce que ces moments, entre art, mémoire et musique, méritent d’être vus, entendus, archivés. C’est comme ça que se construisent les archives culturelles de demain.
À Bordeaux, des lieux comme la Villa Valmont et des initiatives comme celles de l’Institut des Afriques le prouvent : la mémoire noire est vivante, plurielle, et accessible. OKINKA est là pour en être le relais.
OKINKA au Printemps décolonial de Bordeaux : musique, identités et écoute active
Le 28 mars 2026, OKINKA, Medusyne et Collectfis du Printemps décolonial ont investi le Pas de Lune à Bordeaux pour une soirée en trois temps : séance d’écoute commentée, blind test, puis DJ set de Vitamlyn. Un format pensé comme un espace d’écoute active et de réflexion collective, dans le cadre d’un festival qui interroge les héritages coloniaux au présent.
Une semaine pour comprendre les traces coloniales… et agir
Du 24 au 29 mars 2026, Bordeaux accueillait la première édition du Printemps décolonial. Une semaine de rencontres, projections, performances et débats portée par l’association Guide du Bordeaux colonial, le laboratoire Les Afriques dans le Monde et l’Institut des Afriques, en lien avec un réseau dense d’artistes et d’organisations locales.
Cet événement à Bordeaux n’est pas anodin. Ancien port central de la traite négrière, la ville porte dans son bâti, ses noms de rues et ses monuments les traces d’un passé que les récits historiques dominants ont longtemps minorés ou euphémisés. C’est précisément contre cette amnésie sélective que le festival a été conçu — conférence avec Salah Hamouri sur la Palestine, focus sur la situation en Kanaky, ateliers de contre-cartographie, déambulations décoloniales dans la ville, lectures musicales, théâtre. Dans un contexte politique national tendu, cette programmation assume de croiser recherche, création artistique et engagement citoyen, afin de lutter contre les dérives racistes et « néo-coloniales ».
Manifestation contre le racisme et le facisme – Chloé Pujol Marie-Sainte
Séance d’écoute commentée : focus sur les artistes engagé•es
La soirée s’est ouverte avec la séance d’écoute commentée proposée par l’équipe OKINKA. Le programme : 22 titres, 18 pays, six décennies de musiques africaines traversées par des enjeux décoloniaux. De l’Indépendance Cha-Cha d’African Jazz, composé pendant la table même des négociations à Bruxelles, diffusé le jour de l’indépendance congolaise le 30 juin 1960, jusqu’à Heartbeat de Nneka, sorti en 2008, chanteuse germano-nigériane très vocale sur le panafricanisme et la lutte contre le néo-colonialisme en Afrique.
Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte
Entre ces deux bornes : Miriam Makeba, dont le passeport a été retiré par le gouvernement sud-africain après ses discours à l’ONU contre l’apartheid, et qui n’est rentrée dans son pays qu’en 1990 ; Fela Kuti et son Zombie, après lequel l’armée nigériane a détruit sa communauté et précipité la mort de sa mère ; Cheikha Rimitti chantant le désir féminin en arabe dans une Algérie encore colonisée ; Oumou Sangaré dénonçant la polygamie et les mariages forcés à 21 ans ou encore, Sona Jobarteh, première femme griot à jouer la kora professionnellement, brisant un interdit transmis depuis des générations.
Chaque titre porte une histoire, un contexte, une question. Le public, qui mélange de personnes déjà engagées dans ces réflexions et de curieux·ses venu·es au fil du festival, est entré dans l’écoute avec une attention qui n’a fait que croître au cours de la soirée. C’est une constante dans ce format : plus on écoute vraiment, plus les questions s’affinent, et plus la discussion devient substantielle.
Le blind test : reconnaître les sons africains sans pouvoir les nommer
Le moment du blind test a révélé quelque chose de précis et d’éclairant. Le public reconnaissait les sonorités, les rythmiques, les ambiances géographiques, mais était fréquemment dans l’incapacité de nommer les artistes.
Blind test 100% musiques africaines et afrodescendantes au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte
Cette asymétrie musicale, elle aussi, n’est pas anodine. Elle dit quelque chose sur la manière dont les musiques africaines circulent en Europe : présentes dans les playlists, les clubs, les samplers, mais rarement accompagnées des récits qui leur donnent leur profondeur. Manu Dibango a dû aller en justice pour récupérer ce que Michael Jackson lui avait pris sans le créditer. La morna cap-verdienne porte dans sa mélancolie cinq siècles de colonisation portugaise. Autant d’histoires qui ne parviennent pas avec le son quand celui-ci voyage seul. C’est là que la séance d’écoute commentée et le blind test interviennent comme des médiums intéressant pour entamer un dialogue sur ces musiques aux récits oubliés.
Séance d’écoute commentée au Pas de Lune — Chloé Pujol Marie-Sainte
La compréhension et l’écoute active sont le point de départ d’une relation différente aux musiques du continent africain et de ses diasporas. Lors du blind test, le public a pris plaisir à être surpris par ce qu’il ne savait pas encore qu’il ne savait pas.
Vitamlyn aux platines pour clore la soirée
La soirée s’est prolongée avec le DJ set de Vitamlyn, DJ congo-angolaise, membre du collectif Medusyne et co-fondatrice du duo Malandras avec Patt Canhoto. Une continuité naturelle avec ce qui venait d’être traversé collectivement : des sons du continent africain et de sa diaspora portés par quelqu’un qui en est, dans un espace où la fête et la réflexion ne sont pas des registres opposés, et sont surtout toujours politiques.
Trois structures, une soirée, une cohérence : Collectfis du Printemps décolonial, Medusyne et OKINKA. Chacune avec ses outils et ses langages propres, toutes animées par la conviction que la culture est un terrain de lutte autant que de plaisir partagé.
Vous souhaitez organiser une séance d’écoute commentée ou un blind test ?
Les séances OKINKA sont adaptables à différents contextes : festivals, médiathèques, établissements scolaires, associations, événements culturels ou professionnels.