Catégorie : Yékri Yékra

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    Tizen, artiste guadeloupéen entre gwoka et dancehall | OKINKA

    Yékri Yékra

    OKINKA est un média indépendant qui agit pour la démocratisation des musiques afro-descendantes à travers tout le territoire français. Dans le cadre de notre dossier Yékri Yékra, nous nous sommes rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes emblématiques de la scène musicale antillaise. Après avoir dressé le portrait d’Aloman et d’Adetoundji, nous vous présentons aujourd’hui Tizen, un jeune artiste guadeloupéen qui mêle moderne et traditionnel dans sa musique. Entre paroles et travail de composition, Tizen met à l’honneur l’île de la Guadeloupe.

    « Je me souviens, à l’époque, quand on se retrouvait au studio, tu savais que tu allais passer après un tel, tu savais qui passait après toi ; tu te retrouvais entre « potos » et on faisait du rap, du dancehall, y’en avait qui chantaient d’autres choses, etc. C’était de la concurrence très saine. »Tizen

    La musique comme moteur

    Né au Moule, Tizen a toujours été attiré par la musique. Dès l’âge de 13 ans, le jeune Laurent écrit des textes sur ce qui l’inspire au quotidien. Mais c’est plus tard, au lycée, que l’artiste décide de se consacrer à la musique… au détriment de ses études. « Je me souviens que parfois, je ratais les cours pour aller chanter au Speak The Truth, un label local qui aide les jeunes à se lancer dans la musique. On se retrouvait en crew, on mettait un micro au milieu de la salle, on balançait une instru et chacun passait et jouait dessus », me raconte le chanteur, avant de poursuivre : « On ne se connaissait pas forcément, mais tout le monde savait que c’était LE rendez-vous où retrouver plein d’artistes d’un peu partout. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Très vite, le chanteur décide de s’investir à 100 % et débute sa carrière musicale. Il performe dans plusieurs salles locales en alternant showcases et petits concerts, et se crée très vite un nom. Tizen est aujourd’hui un artiste reconnu à travers toutes les Antilles. Consécration pour l’artiste : il est l’une des têtes d’affiche du Karibbean Rendez-vous Festival 2023, l’un des plus gros festivals de musique caribéenne d’Europe.

    S’inspirer des plus grands

    Tizen vit la musique à 100 %. Et pour composer ses sons, il puise ses inspirations dans son quotidien. « Je ne me fixe pas vraiment de moment pour penser à mes compositions. J’aime surtout profiter de mes déplacements quotidiens pour pouvoir enregistrer les mélodies qui me passent par la tête. Quand je rentre de soirée, pendant mes courses, surtout quand je me balade en voiture. Ce sont un peu des lieux de création pour moi », confie-t-il.

    Tizen fait partie de ces artistes qui ont appris en expérimentant. Et si la musique lui est apparue comme une vocation dès l’adolescence, il a su forger son style au fil de ses écoutes de musiques diverses et variées. « Il y a des artistes qui m’ont vraiment donné envie d’écrire, qui m’ont influencé », raconte Tizen. « Déjà jeune, j’écoutais des artistes qui venaient de l’Hexagone mais aussi locaux : beaucoup de Keros-n (on était tous les deux de Sainte-Rose !) et de Silverman, qui jouait beaucoup de sa voix. »

    Pour l’artiste, ce qui fait un bon morceau, c’est trouver le juste équilibre entre paroles et mélodie. « J’aime beaucoup quand ça chante, genre quand il y a des mélodies, pas que du rap. Comme à l’époque avec Booba, parce qu’en plus du rap, il y avait de très belles métaphores bien chantées qui accrochaient. Et même après, quand il a ajouté de l’autotune, ça a rajouté une vibe, du flow, et là j’ai encore plus accroché. » En tant qu’artiste, Tizen l’assume haut et fort : « J’aime la musicalité ! »

    Des morceaux pour tous

    Lorsque l’on demande à Tizen à qui s’adresse sa musique, il sourit. « Aujourd’hui, j’essaye vraiment d’élargir mon public, de parler à tout le monde. Avant, je m’adressais quand même en majorité aux jeunes. Mais aujourd’hui j’ai grandi, j’ai changé, et mon regard sur mon art a lui aussi changé. Maintenant, j’essaye de faire bouger tout le monde. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Réussir à ouvrir sa musique aux différentes générations : un vrai défi pour l’artiste, qui a dû remanier son style au fil des années. Comme dans son dernier morceau Ça Va (feat. Rodias), où l’artiste s’amuse à mélanger les genres en chantant créole sur une instru afrobeat. Toujours en quête d’innovation, Tizen aime jouer avec les styles et les mélodies. Il continue : « Aujourd’hui, ma mère arrive à écouter mes sons, et ma grand-mère aussi ! C’est quand même incroyable, je trouve. En fait, je veux toucher toutes les générations, les petits comme les grands. Je veux que tout le monde arrive à chanter et à danser sur ma musique, et pour ça il ne faut pas qu’il y ait de vulgarité ou de paroles trop trash. »

    Les amours de sa vie

    Mais alors, de quoi parlent les musiques de Tizen ? Eh bien d’Amour, avec un grand A ! Difficile pour les artistes de dancehall et de hip-hop de ne pas écrire de chansons d’amour — et c’est ce que le public vient chercher dans ce style. Mais il parle surtout de son amour pour son île. Source d’inspiration pour de nombreux artistes guadeloupéens, écrire une chanson sur l’île aux belles eaux, c’est rendre hommage à ses habitants. L’artiste parle d’ailleurs créole dans ses morceaux ; un détail pour certains, mais un acte de conviction pour Tizen : « La musicalité antillaise, j’essaie de l’intégrer dans mes morceaux pour ne pas qu’on oublie que je suis avant tout un enfant du pays. Ça passe notamment par le ka. C’est important, parce que je pense que c’est vraiment l’âme de la Guadeloupe. »

    Comme vu à travers les différents portraits de notre dossier Yékri Yékra, de nombreux artistes s’inspirent de la musique traditionnelle antillaise pour composer leurs morceaux. Et Tizen n’y déroge pas, comme dans son morceau Doudou A Elle, composé avec Guims, où l’on entend ET on voit le chanteur jouer du ka. « Je parle surtout de la femme antillaise, qui est pour moi un très beau sujet quand on veut intégrer le ka. Ce serait faux de me ranger dans la case des artistes gwoka, mais je n’ai pas envie de le perdre non plus. Je veux laisser cette trace-là, je veux qu’on s’en rappelle », conclut-il.

    Les Antilles, un bouillon de cultures

    Militant jusque dans son art, Tizen insiste sur l’importance de préserver les cultures antillaises, surtout à travers la musique d’aujourd’hui. « Il ne faut pas qu’on oublie l’importance du gwoka. Je dirais que c’est ce qui me différencie des autres jeunes artistes. En fait, il y a très peu d’artistes qui passent en radio ou qui sont vraiment reconnus et qui utilisent le ka, et c’est dommage. »

    Et quand on lui demande quel regard il porte sur l’exportation des musiques caribéennes dans le monde, il répond : « C’est important d’exporter nos musiques locales un peu partout dans le monde, mais il faut aussi bien remettre en place l’origine de ces musiques. Avec le bouyon par exemple, qui vient de la Dominique. De la même façon que nous, les Guadeloupéens, on n’aime pas quand les gens disent que le zouk vient de Paris, c’est important de dire que le bouyon vient de la Dominique. Pareil avec la Martinique et le shatta. Ils ont réussi à le mettre en avant, et ils le revendiquent parce que C’EST bien à eux. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Tizen insiste sur le besoin de parler des cultures caribéennes dans la musique. Pour lui, il ne suffit pas de faire du shatta, du bouyon ou du konpa. Il faut transmettre toutes les cultures antillaises, parler créole, remettre au goût du jour des instruments traditionnels. Il faut aussi redynamiser les scènes locales, et exporter des artistes à travers le monde, pas simplement jusqu’à l’Hexagone. « Moderniser nos cultures, c’est les faire perdurer, et c’est important pour les Antilles. »

    Pour conclure, il nous renvoie vers sa chanson On Ti Roman et ses paroles fortes et engagées : « ile en moun tellement bel, pa bezoin grat’ciel pa bezoin artificiel ».

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  • Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Eddy Gustave, pionnier des musiques afro-caribéennes

    Notre journaliste Amalia Ninine lui a consacré un documentaire diffusé sur Guadeloupe La 1ère en avril 2026, dans l’émission Horizons. Un travail de trois ans. Une Guadeloupéenne qui retourne aux racines, qui pose une caméra sur un homme que son pays n’a pas toujours suffisamment regardé.

    De Morne-à-l’Eau aux scènes parisiennes

    Né à Morne-à-l’Eau en 1926, il apprend le solfège enfant avant de partir dans l’Hexagone. C’est à Paris qu’il bascule vraiment dans la musique — les clubs de jazz, la scène antillaise, le cabaret La Canne à Sucre. Le saxophone s’impose. Dans les années 1960, il est musicien professionnel.

    Un label, 500 artistes, une logique de transmission

    Il produira plus de 500 artistes antillais et africains via son label Eddy Son, dans une logique de soutien à des musiciens que les circuits traditionnels ignoraient. De Bébé Manga à x en passant par , Eddy Gustave à non seulement marquer sa génération, mais a transmis son savoir au génération suivantes, qui continuent encore aujourd’hui de suivre ses pas.

    Eddy Gustave est mort le 29 mai 2026. Il avait 99 ans. Saxophoniste, compositeur, producteur, il est l’une des rares figures à avoir fait entrer les musiques afro-caribéennes dans les circuits grand public français, sans jamais renier ce qu’elles portaient.

    Le film montre un homme actif, attaché à la transmission. Pas nostalgique, présent, qui anticipe déjà le futur des artistes guadeloupéen•nes.

    Le documentaire est disponible sur france.tv, dans l’émission Horizons de Guadeloupe La 1ère (diffusé le 21 avril 2026) : ici

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  • Adetoundji : le musicien guadeloupéen revenu au pays

    Adetoundji : le musicien guadeloupéen revenu au pays

    Portrait Adetouni ©️ Astrid Lagougine

    Rencontre avec Adetoundji, le chanteur revenu au pays

    L’équipe Okinka met en lumière les artistes africain·es et afro-descendant·es à travers tout le territoire. Dans cette série d’articles Yékri Yékra, Amalia Ninine s’est rendue en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes qui valorisent la culture créole, fruit d’un héritage riche et pluriel. Ce deuxième portrait est consacré à Adetoundji, un artiste guadeloupéen qui a fait de ses voyages une source d’inspiration pour sa musique.

    Un enfant du pays

    Pour rencontrer Adetoundji, nous nous sommes rendues au cœur des Grands-Fonds, une région vallonnée qui relie les villes de Sainte-Anne et du Gosier. Arborant un pendentif massif du continent africain qui se mêle à ses locks, le chanteur nous accueille dans la maison qu’il occupe depuis son retour de métropole. Entourée de nature, la maison en bois où s’engouffre l’air de la vallée ressemble à un lieu paradisiaque, hors du temps. « Quand tu vis ici, tu ne peux qu’aller bien, regarde la vue ; être entouré de nature comme ça, c’est je pense ce à quoi on aspire tous », affirme-t-il, accoudé à la fenêtre.

    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine
    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine

    Né à Pointe-à-Pitre, Adetoundji a vécu plus de 24 ans en Guadeloupe, avant de déménager en région parisienne où il restera une vingtaine d’années. « J’ai toujours eu pour projet de revenir en Guadeloupe, mais je devais rester pour ma fille. Maintenant qu’elle est majeure et qu’elle n’a plus besoin de son papa sur place, j’ai décidé de revenir dans mon pays qui me manquait tant », explique l’artiste.

    De retour sur l’île aux belles eaux, Adetoundji occupe une grande partie de ses journées à la musique. Composition, interprétation et mixage : l’artiste a de nombreuses casquettes. Mais ce que préfère le musicien, c’est la scène. « La musique pour moi c’est le live », affirme-t-il. « C’est ce lien si important avec le public qui me fait vibrer. Je vais même te dire, parfois, quand je joue sur scène, j’ai comme l’impression que mon esprit quitte mon corps. Je rentre en transe et c’est dingue ! »

    La fraternité antillaise

    Sur scène comme dans la vie, Adetoundji met fièrement en avant la culture de son île — mais pas que. Chaque échange, rencontre ou concert est l’occasion de réunir les différentes communautés des Antilles. « Notre culture est une des plus riches qui existe », affirme-t-il. « Nous sommes issus d’un mélange de cultures et de traditions tellement fort et entremêlé que même la barrière de la langue ne peut effacer notre histoire commune. »

    Cette « créolisation » de la musique, c’est un peu la signature de l’artiste. Et il met un point d’honneur à intégrer dans chacun de ses morceaux du ka, l’instrument emblématique de la Guadeloupe.

    Le ka, un instrument fédérateur

    « Il y aura toujours du ka dans mes sons. C’est l’essence de la Guadeloupe », affirme Adetoundji. Si le tambour reste un incontournable des fêtes de famille guadeloupéennes, il est trop souvent délaissé par les artistes modernes. Mais aujourd’hui, la jeune génération de musicien·nes retrouve peu à peu un intérêt pour l’instrument et l’intègre dans sa musique.

    https://www.instagram.com/p/DRbQSYSDiY0

    Pour Adetoundji, ajouter du ka dans ses morceaux — comme dans Si Lilèt La, son dernier single, qui apparaîtra sur album à venir EKLEKTIK — c’est mélanger le traditionnel au moderne. Pour lui, c’est ça l’avenir de la musique en Guadeloupe. « C’est vraiment beau ce qui se passe en ce moment. Les jeunes se mettent à redécouvrir le ka. Ils apprennent à jouer, à danser et ça redynamise l’intérêt autour de cet instrument. » Il va plus loin : « C’est une véritable transmission d’héritage qui se passe. Le ka a toujours été là. Et avec cette nouvelle génération, il continue non seulement d’être utilisé, mais il continue d’évoluer ! »

    Un artiste militant

    Avec sa musique, Adetoundji s’adresse à tout le monde, mais surtout aux Antillais·es. « Je pense que c’est important de transmettre notre culture, de la partager. Mais il faut surtout se souvenir que cette culture, cet héritage de nos ancêtres, c’est ce qui nous réunit tous. On a besoin de conserver cette fraternité, aujourd’hui plus que jamais. »

    Alors que le climat de violence en Guadeloupe grandit d’années en années, l’artiste ne désespère pas. « La musique peut sauver des vies. Il y a de l’espoir, si on arrive à atteindre ce point de bascule, c’est gagné. Mais pour ça il faut absolument des structures, des centres qui accueillent ces jeunes et leur montrent la puissance de la musique. »

    Militant jusque dans son art, Adetoundji profite de chaque performance pour déclarer son amour à son île. Et pour lui, il devient impératif de créer davantage de structures autour de la musique. « Ce qu’il manque ici ? Une école panafricaine. » Créer une telle école permettrait selon lui aux jeunes de comprendre et de connaître les racines de leur culture. « Il y avait un projet qui devait aboutir en 2021, mais l’État s’y est opposé, et aujourd’hui tout est un peu flou. Il existe des associations pour les jeunes qui vont dans ce sens, comme l’association Racines, mais encore trop souvent il y a un manque de budget. »

    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine
    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine

    Comme beaucoup de Guadeloupéen·nes, Adetoundji milite pour la création d’instituts qui proposent à la fois des cours de violon, de piano et de saxophone, mais aussi et surtout qui mettraient à l’honneur les cultures créoles, en instaurant des cours de danse et d’instruments locaux. Des établissements à échelle humaine, qui travaillent ensemble à promouvoir les cultures des Antilles.

    L’importance de transmettre

    « Dans mes morceaux, je ne parle que créole. Que ce soit dans mes titres Mèsi, Love la ke turn ou encore Tou sel, c’est très important pour moi de parler créole parce que certains morceaux ne peuvent se chanter qu’en créole. Les émotions, le message, c’est super important parce que je m’adresse à l’entièreté du peuple antillais, et le créole est ce qui réunit. »

    Lorsqu’on lui demande comment conclure, il insiste : « La clé de la préservation, c’est la transmission de l’histoire de nos îles aux futures générations. L’île de la Guadeloupe est belle, riche et mérite qu’on lui écrive des chansons d’amour. J’aime mon île, j’aime ses habitant·es, mes frères et sœurs, alors j’espère écrire encore longtemps pour eux. » La main posée sur le fauteuil de sa mère qui trône au milieu de la pièce, il conclut : « J’ai ma bonne étoile qui veille sur moi, et je sais que d’où elle est, elle me regarde et me protège. Alors je vais le dire : je vais encore écrire beaucoup de chansons pour mon pays. »

    Le regard tourné vers la fenêtre, il observe, sourire en coin, ce paysage sauvage qui lui a tant donné, et dont il puisera encore son inspiration.

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  • Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    L’équipe Okinka met en lumière les artistes africains et afro-descendants quels que soient leur pays ou leur région. Dans cette nouvelle série d’articles Yékri Yékra, Amalia Ninine et Astrid Lagougine se sont rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes qui valorisent la culture créole, fruit d’un héritage riche et pluriel. Ce premier portrait est consacré à Aloman, artiste emblématique de la scène musicale guadeloupéenne.

    Le destin d’un jeune guadeloupéen

    Très tôt, la musique devient un langage commun pour Aloman : « J’écoutais les mêmes choses que ma mère, on partageait ça. » Mais c’est lors d’un voyage en Côte d’Ivoire avec son père que tout bascule : « On était en voiture, en direction de la basilique de Yamoussoukro, et un morceau de MC Solaar est passé à la radio. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais devenir artiste. »

    « À l’âge de 5 ans, on m’a mis une guitare dans les mains. J’avais un morceau qui tournait dans ma tête, alors avec l’aide de ma mère, je l’ai écrite – je l’ai encore en mémoire aujourd’hui ».

    Aloman et Amalia – © Astrid Lagougine

    Une passion dévorante

    Sa première scène arrive à l’âge de 15 ans et très vite, il ne pense plus qu’à en faire son métier. Avec DC Stratégik, son frère de coeur, il passe ses journées à imaginer des mélodies avec un objectif en tête : « chaque chanson, on l’écrivait avec la volonté que ce titre retourne la place, on voulait sortir LE morceau qui allait cartonner. »

    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    Un sourire sur le visage, Yonel, évoque ses débuts, le souvenir d’une Guadeloupe où devenir artiste était un vrai défi. « À l’époque pour percer, il fallait absolument faire du live. Pour faire connaître un son, il fallait en parler ; la puissance du bouche-à-oreille à l’époque, c’était fou ! » se souvient-il — « il fallait faire du bruit ! Aujourd’hui, ce constat a évolué car « avec les réseaux et les plateformes c’est plus simple. »

    Une musique créole entre héritage et modernité

    Pour composer, l’artiste s’inspire de la dancehall, genre très populaire dans les années 2010 en France. Mais il puise surtout son inspiration dans les musiques traditionnelles antillaises. Le zouk, le kompa ou encore le reggae nourrissent son univers artistique, comme un cycle culturel sans fin.

    Accompagné de son acolyte de toujours DC Stratégik, Aloman collabore avec plusieurs artistes antillais•es, notamment Lyrical Teworist ou Guerilla Mixtape, avant de composer ses propres morceaux. Du single ASOS à Yélélé (en collaboration avec Billix), Aloman s’impose petit à petit dans le paysage musical antillais. Mais ce qu’il préfère, c’est la scène !

    « À chaque performance, je me souviens pourquoi je fais ce métier. Ce lien si spécial avec le public, c’est un trésor à chérir. » — Aloman

    Un hommage à la Guadeloupe

    Se ranger dans un seul style ? Ce n’est pas une option pour l’artiste, qui refuse de se cantonner à une seule de case. « La musique antillaise est très variée, parce qu’elle est issue de plusieurs influences musicales et de différentes cultures » explique Yonel. Il rajoute : « notre diversité est une fierté, et il faut la promouvoir ! ».

    Lorsqu’on lui demande quels sont les artistes qui l’inspire, des noms fusent
    allant de Booba (l’album Lunatic), en passant par Patrick St Eloi (le musicien du groupe iconique Kassav’). Toutes ses figures majeures qui ont bercé son adolescence mais ont aussi à des échelles différentes mis en avant des cultures et communautés marginalisées en France.

    Aloman souligne le paradoxe du Zouk, massivement écouté et salué dans le monde, mais parfois méprisé dans son propre pays…

    « En Côte d’Ivoire, il faut savoir que le zouk est très écouté. Ils en diffusent tous les jours à la radio. Ça m’a surpris, je ne m’y attendais pas. En France, notre musique est peu reconnue, alors que dans le reste du monde elle explose ! ».

    Dans sa musique, l’artiste rend donc hommage à sa culture et rend visible ce qu’on occulte depuis des décennies. Dans son processus de création, ses sons, le style, les instru‘ et les paroles de chaque morceau sont pensés et travaillés de façon très minutieuse.

    Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    « Quand je compose un morceau, je peux travailler non stop dessus pendant des jours. Parfois j’ai 3 sons qui me tournent en tête, parfois un seul. Je prend vraiment le temps de bien écrire chaque musique. Je travaille 80% du morceau, et je garde les derniers 20% pour le studio, pour laisser la place à la spontanéité. J’ai toujours travaillé comme ça. »

    La musique comme outil de transmission

    Dans ses morceaux, Aloman chante exclusivement en créole. Un parti-pris que le chanteur revendique haut et fort : « chanter en créole pour moi, c’est vraiment rendre hommage à la culture qui m’a bercé depuis petit. Et puis, certaines chansons ne peuvent être écrites QUE en créole, tout traduire atténue les émotions ».

    Dans un climat où la violence ne cesse d’augmenter en Guadeloupe, l’artiste tend une main amicale à son auditeur.« Aujourd’hui en 2026, je peux dire que je cherche à viser tout le monde, toutes les générations. À mon niveau, je veux distribuer du love à tous, et surtout aux Guadeloupéens, qui en ont vraiment besoin. » déplore l’artiste.

    « Mon objectif ? Vendre du soleil aux gens qui m’écoutent ! »

    « Vendre du soleil » : une vision artistique et engagée

    Un appel à l’apaisement et surtout à un retour du Love. « Il y a encore un espoir ; les gens ici n’y croient plus – avec tous les problèmes d’eau, de pauvreté ou de violence. Alors avec ma musique, j’aspire à donner un peu de soleil au monde ».

    Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    Au fil des années, Aloman a su imposer sa musique et transmettre des messages que seul la musique peu passer. Ce processus de transmission de la culture guadeloupéenne, Aloman le porte aussi pour les prochaines générations.

    À celles et ceux qui hésitent dans leur parcours artistiques, il répond sans détour : « vas au bout, essayes, casse-toi la gueule et relève-toi. Mais surtout n’hésites jamais à sortir des cases et à créer quelque chose qui te ressemble. Ta musique, c’est ton CV, alors crée quelque chose dont tu sois fier toute ta vie, c’est important ! »

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