Catégorie : Musique

  • Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    Musiques, quilombos et résistance : une soirée avec La Reverb

    À Bordeaux, l’association La Reverb organisait un talk sur les musiques afro-brésiliennes, l’esclavage et les formes de résistance culturelle. Sur scène : Raissa Batista Fonseca, historienne et musicienne et Viviane Caroline musicienne samba-reggae. Dans la salle : une histoire dense, des récits qui remontent loin, mais une résistance encore actuelle.

    Pernambuco, premier territoire colonisé mais premier à résister

    Tout commence au Pernambuco, première région colonisée du Brésil. C’est là que le Quilombo do Catucá prend forme aux abords de la Révolution pernambucaine de 1817, quand des personnes réduites en esclavage fuient dans les forêts. Une communauté itinérante, organisée, qui tiendra jusqu’aux années 1830.

    Raissa Batista Fonseca – Historienne, musicienne, spécialiste des Quilombo au Brésil

    Ce quilombo — kilombo dans sa racine bantoue — n’est pas qu’un refuge. Ses membres se désignent entre eux comme malungos, terme qui renvoie aux compagnons du même bateau négrier, celles et ceux qui ont traversé ensemble. Le malongô comme fraternité forgée dans la traversée. La jurema, plante sacrée du Nordeste, liée au rapport à l’invisible et aux entités, irrigue la spiritualité de ces communautés. Malunguinho, figure tutélaire et entité du candomblé de caboclo, en est l’un des visages les plus forts.

    Des organisations sociales avancées, soulignent les intervenant·es. Pas des communautés de survie, des sociétés alternatives.

    Samba reggae : quand le corps résiste

    Viviane Caroline, fondatrice de Yaya Muxima & Flora – Co-fondatrice de La Reverb

    De ces racines naît une musique. La samba reggae émerge dans l’État de Bahia au tournant des années 1990, créée par Neguinho do Samba, fusion entre samba brésilienne et reggae jamaïcain, fortement portée par la figure noire. Paul Simon et Jimmy Cliff en ont capté quelque chose. Mais la Banda Didá, elle, en a fait un acte politique. Si bien qu’ils sont appelés par Spike Lee pour tourner le clip They don’t care about us de Mickael Jackson.

    C’est là qu’intervient Viviam Caroline, fondatrice de Yayá Muxima et ancienne pilier de Didá. À seize ans, elle rejoint le projet de Neguinho do Samba : créer un groupe de samba reggae composé exclusivement de femmes. Après trente ans à Didá, elle fonde en 2022 Yayá Muxima, poursuivant ce travail avec les femmes et les enfants, en croisant les rythmes de la diaspora avec la samba reggae.

    Le groupe baiano compte quatorze femmes percussionnistes. Il mêle samba reggae et électronique, avec pour objectif de promouvoir la diversité musicale et de combattre les violences culturelles faites aux femmes.

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  • Le KAYAMBA CLUB, un rendez-vous afro-électro à Bordeaux

    Le KAYAMBA CLUB, un rendez-vous afro-électro à Bordeaux

    Le KAYAMBA CLUB, un rendez-vous afro-électro à Bordeaux

    Ce 14 août, Bien Public accueille une soirée inédite 100 % Océan Indien. De minuit à six heures du matin, découvrez le Kayamba Club et ses artistes qui mettent à l’honneur les îles de la Réunion et de Mayotte. Au programme : musique électro et dancefloor en feu : c’est le rendez-vous de l’été !

    Cet été, le Kayamba Club traverse la moitié du globe pour une tournée inédite en Hexagone et en Angleterre : Kayamba Tour FR + UK. Si ce collectif d’artistes n’en est qu’à ses débuts sur la scène internationale, il est d’ores et déjà considéré comme incontournable sur les îles de la Réunion et de Mayotte.

    Qu’est-ce que le Kayamba Club ?

    Projet né à Mayotte puis exporté à La Réunion, le Kayamba Club est un collectif musical qui met à l’honneur les îles de l’océan Indien. Depuis 2017, il offre un espace d’échange et de rencontre aux artistes et acteurs de l’industrie musicale locaux, qui travaillent ensemble vers un seul but : valoriser les musiques afrodescendantes.

    Entre traditionnel et moderne, DJ Psychorigid, Sleepytamashi et Luminesceance proposent des sets hommages aux musiques de l’océan Indien, un mélange de sonorités créoles, asiatiques et africaines, sur fond de bass music. Les membres du collectif partagent une vision commune : créer une musique essentiellement pensée pour le dancefloor.

    Kayamba Records, le label derrière le son

    Bras discographique du collectif, Kayamba est devenu au fil des années un label de musiques électroniques, où les sons d’aujourd’hui rencontrent les traditions musicales de l’océan Indien. Avec ses compilations Digital Ngoma, Kayamba Records agit pour la préservation du patrimoine de Mayotte. C’est sous ce label que sont sortis les derniers projets de DJ Psychorigid et SleepyTamashi, et c’est cette même vision, indépendante, ancrée et tournée vers le dancefloor, que le collectif vient défendre à Bordeaux.

    Pour les artistes du Kayamba Club, cette tournée en Hexagone est l’occasion de présenter leurs derniers projets respectifs. DJ Psychorigid n’en est pas à ses débuts : DJ depuis 15 ans, il est l’un des membres fondateurs du collectif. À la fois DJ et producteur, son dernier projet Untraditional Tropikalkor Music (juillet 2026) illustre sa démarche artistique : une musique intense et résolument indépendante, portée par un engagement assumé.

    SleepyTamashi découvre la musique à travers la danse hip-hop. D’abord danseur puis producteur, il rejoint le collectif en 2019 comme DJ et affirme rapidement son style. Il joue avec de grands noms de la scène rap comme Josman, Luidgi ou GREG. Son dernier projet Zenfan Demoun (décembre 2025) est une consécration de son univers, jouant sur les rythmes binaires et ternaires et les codes musicaux.

    Débutant comme musicien de jazz, Luminesceance troque son saxophone pour les platines électro à la suite de son expérience chez Rinse France. En 2022, il rejoint le Kayamba Club après son installation à La Réunion. Fort de son passage sur Rinse, il affine son style et propose aujourd’hui des morceaux innovants, voyageant librement entre les genres musicaux.

    Kayamba connecte avec la diaspora : spécial guest Stella Moris

    Après avoir fait bouger le Bar Gallia (Paris-Pantin) et un passage chez leurs amis du collectif Digita Ngeche à Manchester, c’est à Bien Public à Bordeaux fait une nouvelle escale. Cette étape est marqué par l’invitation d’une guest locale : Stella Moris. DJ et engagée sur les récits historiques et musicaux de l’océan indien, Stella Moris propose un son hybride mais ancré profondément dans son héritage culturel. On note son émission Ler Dite Média, hébergée sur la radio Clé des Ondes, qui retracent les histoires oubliées de l’Océan indien.

    Plus qu’un collectif artistique, les membres de Kayamba Club militent ensemble pour une vision libre et décomplexée des musiques électroniques. Finalement, une musique en constante mutation.

    Ainsi, cette soirée 100 % Océan Indien sous le signe de la danse et du lâcher-prise : c’est la date à noter pour tous les amateurs de musiques afrodescendantes à Bordeaux. → Billetterie

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  • Tizen, artiste guadeloupéen entre gwoka et dancehall | OKINKA

    Tizen, artiste guadeloupéen entre gwoka et dancehall | OKINKA

    Yékri Yékra

    OKINKA est un média indépendant qui agit pour la démocratisation des musiques afro-descendantes à travers tout le territoire français. Dans le cadre de notre dossier Yékri Yékra, nous nous sommes rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes emblématiques de la scène musicale antillaise. Après avoir dressé le portrait d’Aloman et d’Adetoundji, nous vous présentons aujourd’hui Tizen, un jeune artiste guadeloupéen qui mêle moderne et traditionnel dans sa musique. Entre paroles et travail de composition, Tizen met à l’honneur l’île de la Guadeloupe.

    « Je me souviens, à l’époque, quand on se retrouvait au studio, tu savais que tu allais passer après un tel, tu savais qui passait après toi ; tu te retrouvais entre « potos » et on faisait du rap, du dancehall, y’en avait qui chantaient d’autres choses, etc. C’était de la concurrence très saine. »Tizen

    La musique comme moteur

    Né au Moule, Tizen a toujours été attiré par la musique. Dès l’âge de 13 ans, le jeune Laurent écrit des textes sur ce qui l’inspire au quotidien. Mais c’est plus tard, au lycée, que l’artiste décide de se consacrer à la musique… au détriment de ses études. « Je me souviens que parfois, je ratais les cours pour aller chanter au Speak The Truth, un label local qui aide les jeunes à se lancer dans la musique. On se retrouvait en crew, on mettait un micro au milieu de la salle, on balançait une instru et chacun passait et jouait dessus », me raconte le chanteur, avant de poursuivre : « On ne se connaissait pas forcément, mais tout le monde savait que c’était LE rendez-vous où retrouver plein d’artistes d’un peu partout. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Très vite, le chanteur décide de s’investir à 100 % et débute sa carrière musicale. Il performe dans plusieurs salles locales en alternant showcases et petits concerts, et se crée très vite un nom. Tizen est aujourd’hui un artiste reconnu à travers toutes les Antilles. Consécration pour l’artiste : il est l’une des têtes d’affiche du Karibbean Rendez-vous Festival 2023, l’un des plus gros festivals de musique caribéenne d’Europe.

    S’inspirer des plus grands

    Tizen vit la musique à 100 %. Et pour composer ses sons, il puise ses inspirations dans son quotidien. « Je ne me fixe pas vraiment de moment pour penser à mes compositions. J’aime surtout profiter de mes déplacements quotidiens pour pouvoir enregistrer les mélodies qui me passent par la tête. Quand je rentre de soirée, pendant mes courses, surtout quand je me balade en voiture. Ce sont un peu des lieux de création pour moi », confie-t-il.

    Tizen fait partie de ces artistes qui ont appris en expérimentant. Et si la musique lui est apparue comme une vocation dès l’adolescence, il a su forger son style au fil de ses écoutes de musiques diverses et variées. « Il y a des artistes qui m’ont vraiment donné envie d’écrire, qui m’ont influencé », raconte Tizen. « Déjà jeune, j’écoutais des artistes qui venaient de l’Hexagone mais aussi locaux : beaucoup de Keros-n (on était tous les deux de Sainte-Rose !) et de Silverman, qui jouait beaucoup de sa voix. »

    Pour l’artiste, ce qui fait un bon morceau, c’est trouver le juste équilibre entre paroles et mélodie. « J’aime beaucoup quand ça chante, genre quand il y a des mélodies, pas que du rap. Comme à l’époque avec Booba, parce qu’en plus du rap, il y avait de très belles métaphores bien chantées qui accrochaient. Et même après, quand il a ajouté de l’autotune, ça a rajouté une vibe, du flow, et là j’ai encore plus accroché. » En tant qu’artiste, Tizen l’assume haut et fort : « J’aime la musicalité ! »

    Des morceaux pour tous

    Lorsque l’on demande à Tizen à qui s’adresse sa musique, il sourit. « Aujourd’hui, j’essaye vraiment d’élargir mon public, de parler à tout le monde. Avant, je m’adressais quand même en majorité aux jeunes. Mais aujourd’hui j’ai grandi, j’ai changé, et mon regard sur mon art a lui aussi changé. Maintenant, j’essaye de faire bouger tout le monde. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Réussir à ouvrir sa musique aux différentes générations : un vrai défi pour l’artiste, qui a dû remanier son style au fil des années. Comme dans son dernier morceau Ça Va (feat. Rodias), où l’artiste s’amuse à mélanger les genres en chantant créole sur une instru afrobeat. Toujours en quête d’innovation, Tizen aime jouer avec les styles et les mélodies. Il continue : « Aujourd’hui, ma mère arrive à écouter mes sons, et ma grand-mère aussi ! C’est quand même incroyable, je trouve. En fait, je veux toucher toutes les générations, les petits comme les grands. Je veux que tout le monde arrive à chanter et à danser sur ma musique, et pour ça il ne faut pas qu’il y ait de vulgarité ou de paroles trop trash. »

    Les amours de sa vie

    Mais alors, de quoi parlent les musiques de Tizen ? Eh bien d’Amour, avec un grand A ! Difficile pour les artistes de dancehall et de hip-hop de ne pas écrire de chansons d’amour — et c’est ce que le public vient chercher dans ce style. Mais il parle surtout de son amour pour son île. Source d’inspiration pour de nombreux artistes guadeloupéens, écrire une chanson sur l’île aux belles eaux, c’est rendre hommage à ses habitants. L’artiste parle d’ailleurs créole dans ses morceaux ; un détail pour certains, mais un acte de conviction pour Tizen : « La musicalité antillaise, j’essaie de l’intégrer dans mes morceaux pour ne pas qu’on oublie que je suis avant tout un enfant du pays. Ça passe notamment par le ka. C’est important, parce que je pense que c’est vraiment l’âme de la Guadeloupe. »

    Comme vu à travers les différents portraits de notre dossier Yékri Yékra, de nombreux artistes s’inspirent de la musique traditionnelle antillaise pour composer leurs morceaux. Et Tizen n’y déroge pas, comme dans son morceau Doudou A Elle, composé avec Guims, où l’on entend ET on voit le chanteur jouer du ka. « Je parle surtout de la femme antillaise, qui est pour moi un très beau sujet quand on veut intégrer le ka. Ce serait faux de me ranger dans la case des artistes gwoka, mais je n’ai pas envie de le perdre non plus. Je veux laisser cette trace-là, je veux qu’on s’en rappelle », conclut-il.

    Les Antilles, un bouillon de cultures

    Militant jusque dans son art, Tizen insiste sur l’importance de préserver les cultures antillaises, surtout à travers la musique d’aujourd’hui. « Il ne faut pas qu’on oublie l’importance du gwoka. Je dirais que c’est ce qui me différencie des autres jeunes artistes. En fait, il y a très peu d’artistes qui passent en radio ou qui sont vraiment reconnus et qui utilisent le ka, et c’est dommage. »

    Et quand on lui demande quel regard il porte sur l’exportation des musiques caribéennes dans le monde, il répond : « C’est important d’exporter nos musiques locales un peu partout dans le monde, mais il faut aussi bien remettre en place l’origine de ces musiques. Avec le bouyon par exemple, qui vient de la Dominique. De la même façon que nous, les Guadeloupéens, on n’aime pas quand les gens disent que le zouk vient de Paris, c’est important de dire que le bouyon vient de la Dominique. Pareil avec la Martinique et le shatta. Ils ont réussi à le mettre en avant, et ils le revendiquent parce que C’EST bien à eux. »

    Portrait Tizen – © Astrid Lagougine

    Tizen insiste sur le besoin de parler des cultures caribéennes dans la musique. Pour lui, il ne suffit pas de faire du shatta, du bouyon ou du konpa. Il faut transmettre toutes les cultures antillaises, parler créole, remettre au goût du jour des instruments traditionnels. Il faut aussi redynamiser les scènes locales, et exporter des artistes à travers le monde, pas simplement jusqu’à l’Hexagone. « Moderniser nos cultures, c’est les faire perdurer, et c’est important pour les Antilles. »

    Pour conclure, il nous renvoie vers sa chanson On Ti Roman et ses paroles fortes et engagées : « ile en moun tellement bel, pa bezoin grat’ciel pa bezoin artificiel ».

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  • Adetoundji : le musicien guadeloupéen revenu au pays

    Adetoundji : le musicien guadeloupéen revenu au pays

    Portrait Adetouni ©️ Astrid Lagougine

    Rencontre avec Adetoundji, le chanteur revenu au pays

    L’équipe Okinka met en lumière les artistes africain·es et afro-descendant·es à travers tout le territoire. Dans cette série d’articles Yékri Yékra, Amalia Ninine s’est rendue en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes qui valorisent la culture créole, fruit d’un héritage riche et pluriel. Ce deuxième portrait est consacré à Adetoundji, un artiste guadeloupéen qui a fait de ses voyages une source d’inspiration pour sa musique.

    Un enfant du pays

    Pour rencontrer Adetoundji, nous nous sommes rendues au cœur des Grands-Fonds, une région vallonnée qui relie les villes de Sainte-Anne et du Gosier. Arborant un pendentif massif du continent africain qui se mêle à ses locks, le chanteur nous accueille dans la maison qu’il occupe depuis son retour de métropole. Entourée de nature, la maison en bois où s’engouffre l’air de la vallée ressemble à un lieu paradisiaque, hors du temps. « Quand tu vis ici, tu ne peux qu’aller bien, regarde la vue ; être entouré de nature comme ça, c’est je pense ce à quoi on aspire tous », affirme-t-il, accoudé à la fenêtre.

    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine
    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine

    Né à Pointe-à-Pitre, Adetoundji a vécu plus de 24 ans en Guadeloupe, avant de déménager en région parisienne où il restera une vingtaine d’années. « J’ai toujours eu pour projet de revenir en Guadeloupe, mais je devais rester pour ma fille. Maintenant qu’elle est majeure et qu’elle n’a plus besoin de son papa sur place, j’ai décidé de revenir dans mon pays qui me manquait tant », explique l’artiste.

    De retour sur l’île aux belles eaux, Adetoundji occupe une grande partie de ses journées à la musique. Composition, interprétation et mixage : l’artiste a de nombreuses casquettes. Mais ce que préfère le musicien, c’est la scène. « La musique pour moi c’est le live », affirme-t-il. « C’est ce lien si important avec le public qui me fait vibrer. Je vais même te dire, parfois, quand je joue sur scène, j’ai comme l’impression que mon esprit quitte mon corps. Je rentre en transe et c’est dingue ! »

    La fraternité antillaise

    Sur scène comme dans la vie, Adetoundji met fièrement en avant la culture de son île — mais pas que. Chaque échange, rencontre ou concert est l’occasion de réunir les différentes communautés des Antilles. « Notre culture est une des plus riches qui existe », affirme-t-il. « Nous sommes issus d’un mélange de cultures et de traditions tellement fort et entremêlé que même la barrière de la langue ne peut effacer notre histoire commune. »

    Cette « créolisation » de la musique, c’est un peu la signature de l’artiste. Et il met un point d’honneur à intégrer dans chacun de ses morceaux du ka, l’instrument emblématique de la Guadeloupe.

    Le ka, un instrument fédérateur

    « Il y aura toujours du ka dans mes sons. C’est l’essence de la Guadeloupe », affirme Adetoundji. Si le tambour reste un incontournable des fêtes de famille guadeloupéennes, il est trop souvent délaissé par les artistes modernes. Mais aujourd’hui, la jeune génération de musicien·nes retrouve peu à peu un intérêt pour l’instrument et l’intègre dans sa musique.

    https://www.instagram.com/p/DRbQSYSDiY0

    Pour Adetoundji, ajouter du ka dans ses morceaux — comme dans Si Lilèt La, son dernier single, qui apparaîtra sur album à venir EKLEKTIK — c’est mélanger le traditionnel au moderne. Pour lui, c’est ça l’avenir de la musique en Guadeloupe. « C’est vraiment beau ce qui se passe en ce moment. Les jeunes se mettent à redécouvrir le ka. Ils apprennent à jouer, à danser et ça redynamise l’intérêt autour de cet instrument. » Il va plus loin : « C’est une véritable transmission d’héritage qui se passe. Le ka a toujours été là. Et avec cette nouvelle génération, il continue non seulement d’être utilisé, mais il continue d’évoluer ! »

    Un artiste militant

    Avec sa musique, Adetoundji s’adresse à tout le monde, mais surtout aux Antillais·es. « Je pense que c’est important de transmettre notre culture, de la partager. Mais il faut surtout se souvenir que cette culture, cet héritage de nos ancêtres, c’est ce qui nous réunit tous. On a besoin de conserver cette fraternité, aujourd’hui plus que jamais. »

    Alors que le climat de violence en Guadeloupe grandit d’années en années, l’artiste ne désespère pas. « La musique peut sauver des vies. Il y a de l’espoir, si on arrive à atteindre ce point de bascule, c’est gagné. Mais pour ça il faut absolument des structures, des centres qui accueillent ces jeunes et leur montrent la puissance de la musique. »

    Militant jusque dans son art, Adetoundji profite de chaque performance pour déclarer son amour à son île. Et pour lui, il devient impératif de créer davantage de structures autour de la musique. « Ce qu’il manque ici ? Une école panafricaine. » Créer une telle école permettrait selon lui aux jeunes de comprendre et de connaître les racines de leur culture. « Il y avait un projet qui devait aboutir en 2021, mais l’État s’y est opposé, et aujourd’hui tout est un peu flou. Il existe des associations pour les jeunes qui vont dans ce sens, comme l’association Racines, mais encore trop souvent il y a un manque de budget. »

    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine
    Portrait Adetoundji ©️ Astrid Lagougine

    Comme beaucoup de Guadeloupéen·nes, Adetoundji milite pour la création d’instituts qui proposent à la fois des cours de violon, de piano et de saxophone, mais aussi et surtout qui mettraient à l’honneur les cultures créoles, en instaurant des cours de danse et d’instruments locaux. Des établissements à échelle humaine, qui travaillent ensemble à promouvoir les cultures des Antilles.

    L’importance de transmettre

    « Dans mes morceaux, je ne parle que créole. Que ce soit dans mes titres Mèsi, Love la ke turn ou encore Tou sel, c’est très important pour moi de parler créole parce que certains morceaux ne peuvent se chanter qu’en créole. Les émotions, le message, c’est super important parce que je m’adresse à l’entièreté du peuple antillais, et le créole est ce qui réunit. »

    Lorsqu’on lui demande comment conclure, il insiste : « La clé de la préservation, c’est la transmission de l’histoire de nos îles aux futures générations. L’île de la Guadeloupe est belle, riche et mérite qu’on lui écrive des chansons d’amour. J’aime mon île, j’aime ses habitant·es, mes frères et sœurs, alors j’espère écrire encore longtemps pour eux. » La main posée sur le fauteuil de sa mère qui trône au milieu de la pièce, il conclut : « J’ai ma bonne étoile qui veille sur moi, et je sais que d’où elle est, elle me regarde et me protège. Alors je vais le dire : je vais encore écrire beaucoup de chansons pour mon pays. »

    Le regard tourné vers la fenêtre, il observe, sourire en coin, ce paysage sauvage qui lui a tant donné, et dont il puisera encore son inspiration.

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  • Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    Rencontre avec ALOMAN, le vendeur de soleil

    L’équipe Okinka met en lumière les artistes africains et afro-descendants quels que soient leur pays ou leur région. Dans cette nouvelle série d’articles Yékri Yékra, Amalia Ninine et Astrid Lagougine se sont rendues en Guadeloupe, à la rencontre d’artistes qui valorisent la culture créole, fruit d’un héritage riche et pluriel. Ce premier portrait est consacré à Aloman, artiste emblématique de la scène musicale guadeloupéenne.

    Le destin d’un jeune guadeloupéen

    Très tôt, la musique devient un langage commun pour Aloman : « J’écoutais les mêmes choses que ma mère, on partageait ça. » Mais c’est lors d’un voyage en Côte d’Ivoire avec son père que tout bascule : « On était en voiture, en direction de la basilique de Yamoussoukro, et un morceau de MC Solaar est passé à la radio. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais devenir artiste. »

    « À l’âge de 5 ans, on m’a mis une guitare dans les mains. J’avais un morceau qui tournait dans ma tête, alors avec l’aide de ma mère, je l’ai écrite – je l’ai encore en mémoire aujourd’hui ».

    Aloman et Amalia – © Astrid Lagougine

    Une passion dévorante

    Sa première scène arrive à l’âge de 15 ans et très vite, il ne pense plus qu’à en faire son métier. Avec DC Stratégik, son frère de coeur, il passe ses journées à imaginer des mélodies avec un objectif en tête : « chaque chanson, on l’écrivait avec la volonté que ce titre retourne la place, on voulait sortir LE morceau qui allait cartonner. »

    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    Un sourire sur le visage, Yonel, évoque ses débuts, le souvenir d’une Guadeloupe où devenir artiste était un vrai défi. « À l’époque pour percer, il fallait absolument faire du live. Pour faire connaître un son, il fallait en parler ; la puissance du bouche-à-oreille à l’époque, c’était fou ! » se souvient-il — « il fallait faire du bruit ! Aujourd’hui, ce constat a évolué car « avec les réseaux et les plateformes c’est plus simple. »

    Une musique créole entre héritage et modernité

    Pour composer, l’artiste s’inspire de la dancehall, genre très populaire dans les années 2010 en France. Mais il puise surtout son inspiration dans les musiques traditionnelles antillaises. Le zouk, le kompa ou encore le reggae nourrissent son univers artistique, comme un cycle culturel sans fin.

    Accompagné de son acolyte de toujours DC Stratégik, Aloman collabore avec plusieurs artistes antillais•es, notamment Lyrical Teworist ou Guerilla Mixtape, avant de composer ses propres morceaux. Du single ASOS à Yélélé (en collaboration avec Billix), Aloman s’impose petit à petit dans le paysage musical antillais. Mais ce qu’il préfère, c’est la scène !

    « À chaque performance, je me souviens pourquoi je fais ce métier. Ce lien si spécial avec le public, c’est un trésor à chérir. » — Aloman

    Un hommage à la Guadeloupe

    Se ranger dans un seul style ? Ce n’est pas une option pour l’artiste, qui refuse de se cantonner à une seule de case. « La musique antillaise est très variée, parce qu’elle est issue de plusieurs influences musicales et de différentes cultures » explique Yonel. Il rajoute : « notre diversité est une fierté, et il faut la promouvoir ! ».

    Lorsqu’on lui demande quels sont les artistes qui l’inspire, des noms fusent
    allant de Booba (l’album Lunatic), en passant par Patrick St Eloi (le musicien du groupe iconique Kassav’). Toutes ses figures majeures qui ont bercé son adolescence mais ont aussi à des échelles différentes mis en avant des cultures et communautés marginalisées en France.

    Aloman souligne le paradoxe du Zouk, massivement écouté et salué dans le monde, mais parfois méprisé dans son propre pays…

    « En Côte d’Ivoire, il faut savoir que le zouk est très écouté. Ils en diffusent tous les jours à la radio. Ça m’a surpris, je ne m’y attendais pas. En France, notre musique est peu reconnue, alors que dans le reste du monde elle explose ! ».

    Dans sa musique, l’artiste rend donc hommage à sa culture et rend visible ce qu’on occulte depuis des décennies. Dans son processus de création, ses sons, le style, les instru‘ et les paroles de chaque morceau sont pensés et travaillés de façon très minutieuse.

    Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    « Quand je compose un morceau, je peux travailler non stop dessus pendant des jours. Parfois j’ai 3 sons qui me tournent en tête, parfois un seul. Je prend vraiment le temps de bien écrire chaque musique. Je travaille 80% du morceau, et je garde les derniers 20% pour le studio, pour laisser la place à la spontanéité. J’ai toujours travaillé comme ça. »

    La musique comme outil de transmission

    Dans ses morceaux, Aloman chante exclusivement en créole. Un parti-pris que le chanteur revendique haut et fort : « chanter en créole pour moi, c’est vraiment rendre hommage à la culture qui m’a bercé depuis petit. Et puis, certaines chansons ne peuvent être écrites QUE en créole, tout traduire atténue les émotions ».

    Dans un climat où la violence ne cesse d’augmenter en Guadeloupe, l’artiste tend une main amicale à son auditeur.« Aujourd’hui en 2026, je peux dire que je cherche à viser tout le monde, toutes les générations. À mon niveau, je veux distribuer du love à tous, et surtout aux Guadeloupéens, qui en ont vraiment besoin. » déplore l’artiste.

    « Mon objectif ? Vendre du soleil aux gens qui m’écoutent ! »

    « Vendre du soleil » : une vision artistique et engagée

    Un appel à l’apaisement et surtout à un retour du Love. « Il y a encore un espoir ; les gens ici n’y croient plus – avec tous les problèmes d’eau, de pauvreté ou de violence. Alors avec ma musique, j’aspire à donner un peu de soleil au monde ».

    Portrait Aloman -© Astrid Lagougine
    Portrait Aloman – © Astrid Lagougine

    Au fil des années, Aloman a su imposer sa musique et transmettre des messages que seul la musique peu passer. Ce processus de transmission de la culture guadeloupéenne, Aloman le porte aussi pour les prochaines générations.

    À celles et ceux qui hésitent dans leur parcours artistiques, il répond sans détour : « vas au bout, essayes, casse-toi la gueule et relève-toi. Mais surtout n’hésites jamais à sortir des cases et à créer quelque chose qui te ressemble. Ta musique, c’est ton CV, alors crée quelque chose dont tu sois fier toute ta vie, c’est important ! »

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  • Okinka Talks I Asna

    Okinka Talks I Asna

    OKINKA Talks I Asna

    Dans le cadre de la deuxième édition d’Adrénaline, événement électronique porté par le festival Orangeade à Bordeaux, OKINKA a rencontré Asna, DJ et productrice de la scène afro-diasporique. De son masque en cauris aux dancefloors européens, elle raconte comment son univers musical s’est construit autour de l’hommage aux ancêtres et à sa culture. Une conversation qui traverse les héritages, les symboles et les corps en mouvement.

    Asna : une présence entre mémoire et percussions

    Asna porte une identité plurielle ; son parcours navigue entre l’Afrique de l’Ouest et la scène électronique européenne. Ivoirienne, malienne, sénégalaise et mauritanienne, elle superpose ses différentes cultures et les laisse coexister sur scène sans compromis. Dans cet entretien, elle revient sur la manière dont cet héritage multiculturel façonne sa musique et sa façon d’habiter un dancefloor.

    Crédit photo : Chloé Pujol Marie-Sainte — Adrénaline – Orangeade

    Au fil de la discussion, elle évoque la signification profonde de son masque en cauris africains, symbole de protection et de connexion aux ancêtres dans les traditions ouest-africaines. Mais aussi l’importance de rendre hommage à celles et ceux qui précèdent, comme acte fondateur de sa création artistique.

    Porter sa culture comme un acte politique

    Ce talk OKINKA met en lumière une conviction forte : la scène électronique africaine n’a pas à se justifier. Les corps afrodescendant•es ont leur place au centre, et pas en marge des dancefloors. C’est là que la musique d’Asna devient un espace de transmission, de réappropriation et de célébration, notamment à travers un travail visuel et sonore ancré dans les codes culturels ouest-africains.

    Elle partage également ses interrogations sur la transmission : comment faire vivre un héritage sans le figer ? Comment rendre hommage aux ancêtres tout en inventant de nouvelles formes ?

    OKINKA Talks x Orangeade : faire circuler les voix à Bordeaux

    Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune d’Orangeade et d’OKINKA : créer des espaces d’écoute, dédiés aux voix africaines et afro-descendantes. Ces temps d’échange nous permettent de mettre les artistes afro-diasporiques en valeur dans toute leur complexité.

    Découvrez ici d’autres initiatives bordelaises afro-descendantes !

    • Échange à écouter sur OKINKA Radio, disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.
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  • Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Soundtrack to a Coup d’État : une playlist politique pour clore le Black History Month

    Photo affiche film soundtrack to a coup d'etat

    Soundtrack to a Coup d’État : playlist panafricaine

    Réalisé par Johan Grimonprez, le film documentaire Soundtrack to a Coup d’État revient sur les tensions internationales entourant l’indépendance du Congo et l’assassinat de Patrice Lumumba, dans un contexte de Guerre dite « froide ». Replongez dans la bande-son de SoundTrack To a Coup d’État, pour bien clôturer le Black History Month.

    Clôturer le Black History Month en musique

    Ce documentaire nous rappelle que la musique est un témoin des événements historiques, mais n’est pas confinée à un seul endroit. Alors que, les récits occidentaux sont biaisés et corrompus, le choix de Johan Grimonprez d’utiliser la bande sonore, souligne une vérité sombre qui a toujours était tue. Quand la Guerre n’a pas lieu sur les sols occidentaux, elle n’existe pas ou… elle est considérée comme « froide ».

    Il ne faut jamais rester silencieux… jamais ! — In Koli Jean Bofane, écrivain et historien congolais

    Cette sélection démontre aussi, que les mouvements de libération noirs n’ont pas toujours été isolés ; tantôt ils se rejoignent, tantôt il se superposent. La musique étant aussi un outil de soft power très puissant, elle fait face a beaucoup de contradictions, car elle peut être utilisée à la fois par les opprimés et par les oppresseurs.

    Affiche soundtrack to a coup d'état
    Affiche du film documentaire SoundTrack To a Coup d’État de Johan Grimonprèz — Louis Armstrong, Andrée Blouin et Ambroise Boimbo

    Le film propose une lecture sonore d’un contexte historique encore très actuel au Congo, du panafricanisme et des stratégies impérialistes occidentales. Le jazz afro-américain dialogue avec la rumba congolaise, traversant la diplomatie internationale, les luttes de libérations et les cris de rupture.

    1960 : indépendance et espoirs panafricains

    Le Congo accède à l’indépendance le 30 juin 1960. Cette journée historique est marquée par un discours majeur prononcé par le visionnaire Patrice Lumumba. Ce moment s’inscrit dans le vaste mouvement de décolonisation du continent africain dans les années 60, porté par des figures panafricanistes comme Kwame Nkrumah au Ghana.

    L’indépendance congolaise en musique

    Indépendance Cha-Cha — Grand Kallé & African Jazz

    Grand classique africain, repris bien au-delà du Congo, ce morceau devient l’hymne officieux des indépendances africaines. Il célèbre la libération politique et incarne un moment d’euphorie collective… avant les divisions, les trahisons et les ruptures qui ont suivi.

    Table Ronde — Grand Kallé

    Cette chanson fait référence aux négociations politiques de Bruxelles. La rumba devient ici chronique historique. Elle accompagne les débats autour de la place de Lumumba dans les affaires congolaises et internationales. Cette rumba est devenue un marqueur historique, politique et culturel.

    « Lorsque le poisson pleure dans l’eau, cela se voit-il ? » — proverbe congolais film — In Koli Jean Bofane — écrivain

    « Jazz diplomacy » : Washington envoie ses musicien·ne·s

    Très vite, l’événement devient un enjeu central de la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS (l’actuelle Russie). L’espoir politique de libération se heurte aux intérêts des ressources naturelles au Congo, les logiques d’ingérence mondiale de l’ONU et la course pour la bombe atomique.

    Les États-Unis sortent le grand jeu et soutiennent des tournées de jazz à travers le monde, mettant en vedette des artistes noirs américains tels que Nina Simone, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Abbey Lincoln, Max Roach ou Dizzy Gillespie. L’objectif était de promouvoir une image progressiste du pays, pour faire face au communisme de l’URSS porté par Nikita Khrouchtchev (programme documenté par le Département d’État américain dans les années 1950-60). Cette démarche, dont les artistes en questions n’étaient pas informés, s’oppose radicalement à la ségrégation raciale, qui persiste encore aux États-Unis.

    Louis Armstrong et sa femme au pieds des pyramides égyptiennes.

    Le Jazz et le Blues comme vitrine démocratique

    Vote Dizzy — Dizzy Gillepsie

    Saxophoniste d’exception, Dizzy Gillespie fait partie des artistes envoyés par les États-Unis dans le cadre de leur diplomatie culturelle. Ironique et lucide, il ira jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle avec un « gouvernement » composé d’artistes et de figures politiques engagées. Pour Gillepsie, pas de Maison Blanche mais une Maison du Blues. Une manière de rappeler que la musique restait une arme « cool », mais profondément politique.

    Black and Blue — Louis Armstrong

    C’est chanson devenue emblématique qui aborde la souffrance raciale aux USA. Louis Armstrong, envoyé comme représentant culturel, incarne cette contradiction américaine : un artiste afro-américain qui prône la liberté et l’unité en Afrique, tandis qu’il continue de lutter pour sa propre liberté aux États-Unis. Lorsqu’il a appris pourquoi il était envoyé partout, il a menacé de se déchoir de nationalité américaine.

    Figures de la Black History & revendications noires

    D’autres artistes ne se conforment pas aux règles du jeu diplomatique et rejettent complètement l’image d’une Amérique moralisatrice. C’est le cas de Nina Simone ou d’Abbey Lincoln, qui, avec Maya Angelou, écrivaine et poétesse afro-américaine, ira jusqu’à l’ONU pour protester contre cet assassinat de Patrice Lumumba et contester l’impérialisme américain, belge et les faux-semblants de l’ONU.

    Le jazz comme cri de révolte

    Tryptich: Prayer / Prostest / Peace — Max Roach & Abbey Lincoln

    Œuvre majeure du jazz militant, qui relie les luttes africaines et afro-américaines sans paillettes. La batterie de Max Roach accompagne le cri strident et désespéré d‘Abbey Lincoln.

    The Ballad of Hollis Brown — Nina Simone

    Nina Simone incarne une radicalité artistique et politique assumée, avec son piano et sa voix grave teinte d’émotion. Ce morceau raconte la vie d’un homme afro-américain dans un pays profondément injuste, raciste et négligé par un gouvernement, qui joue les pacificateurs.

    Rumba congolaise : une résistance culturelle

    Face aux ingérences belges et occidentales, notamment l’ONU, la rumba devient espace d’expression, de mémoire et de rassemblement. Mais la surveillance belge est partout ! Tous les faits et gestes sont suivis, les esprits corrompus et les espoirs se perdent.

    Chanter sous surveillance : « êtes-vous communiste Mr Lumumba ? »

    Vive Patrice Lumumba – Vicky Longomba & L’African Jazz

    Figure centrale de la rumba congolaise, Vicky Longomba & l’African Jazz inscrit dans sa musique les mutations de la société congolaise avant, pendant et post-indépendance. La fête n’empêche pas l’analyse, au contraire, elle permet de rassembler, recruter et contrer la colonisation belge.

    Adou Elenga — Ata Ndele

    Avec Ata Ndele, Adou Elenga inscrit la contestation dans la musique populaire congolaise dès la période coloniale. Derrière sa simplicité apparente, le morceau porte un refus clair et une conscience politique précoce. Il rappelle que la résistance culturelle précède l’indépendance.

    Pas un Pas sans Bata — Franco & .O.K. Jazz

    Dans ce morceau Franco & O.K. Jazz affirment une avancée déterminée, sans compromis avec les chaussures Bata. La rumba devient posture politique autant que rythme collectif. Danser, ici, n’exclut jamais la vigilance.

    La musique : moteur des résistances noires

    Le film met en évidence la manière dont la musique se diffuse à travers les continents, allant de New York à Kinshasha (anciennement Léopoldville), en passant par Bruxelles, Moscou et La Havane. Les musiques noires et afro-descendantes dialoguent toutes entre elles.

    From Africa to Cuba, from Cuba to Africa

    Rico el Mambo — Dámaso Pérez Prado

    Les rythmes afro-cubains incarnent la continuité des circulations transatlantiques après la période de l’esclavage. Les liens ne sont pas totalement interrompus, ils persistent sous d’autres formats, plus revendicatifs. Ce morceau souligne les relations entre l’Afrique et ses afrodescendance en Amérique Latine, notamment à Cuba où un anti-impérialiste fait foi. Il s’appelait Fidel Castro.

    « Mama Africa » : l’artiste qui résiste

    Mbube — Miriam Makeba

    Cette chanson de celle qu’on appelait « Mama Africa » , est devenue un symbole mondial des combats pour la liberté en Afrique, notamment l’Apartheid en Afrique du Sud. Miriam Makeba devra s’exiler en Guinée-Conakry pendant plus de 30 ans pour avoir chanté et livrer un discours à l’ONU contre le gouvernement pro-apartheid sud-africain.

    Le silence !

    Les passages silencieux dans le film mettent en évidence des instants remplis d’angoisse et de tension extrême, qui poussent le spectateur à s’interroger sur ses ressentis. Ils contrastent avec les moments forts, sans les apaiser pour autant. Ici, le silence approfondit la gravité de la situation et ne laisse pas place à une quelconque indifférence.

    Timbre Patrice Lumumba — RDC
    Timbre Patrice Lumumba — RDC

    Bien que le Black History Month soit né aux États-Unis, les réalités qu’il met en lumière : le racisme systémique, les luttes pour l’autodétermination et résistances culturelles, dépassent largement le cadre états-unien. Les circulations musicales et politiques évoquées dans ce documentaire rappellent que les luttes noires résonnent à l’échelle mondiale.

    « La musique peut initier un changement dans notre façon de penser. » — Malcolm X

    discussion post projection soundtrack to a coup d'etat avec Daniela DFG Nazaré

    Ce film a également donné lieu à deux discussions publiques après projection, auxquelles l’équipe OKINKA a pu participé (Cinéma Ulrich – Poitiers / Cinéma LUX – Cadillac). Ces échanges ont prolongé les réflexions sur les circulations culturelles et l’importance de mieux transmettre les récits historiques africains et afro-descendants.

    « Ceci n’est pas uniquement de la musique » 

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